Chronique éolien en mer –novembre 2025 : Le Tréport, Centre Manche 1 et 2 et Courseulles de plus en plus contestés ; l’éolien en mer pas sûr de concrétiser ses projets. Crise aux Pays-Bas

04/11/2025

A la veille des assises de l'économie de la mer à La Rochelle et face au lobbying outrancier du secteur, PIEBÎEM fait le point sur l'actualité de l'éolien en mer. 1) Tempête autour du Tréport : colère des pêcheurs et emplois promis disparus ; 2) Le grand bazar de Centre-Manche 1 et 2 . Centre Manche 1 remis en cause et de toutes façons, ça ne sera pas moins de 50€/MWh – les mensonges du ministre Ferracci ; 3) Courseulles sur mer : le diagnostic écologique contesté, la protection de la biodiversité n'a pas été prise en compte (CNPN) ; 4) Marc Hirt, PDG D'Ocean Wind : « le risque de ne pas aller au bout d'un projet est perçu comme plus élevé qu'avant. » Le lobby ENR demande une baisse des dépôt de garantie. 5) Dernier appel d'offre pour 1 GW aux Pays-Bas : 0 réponse ! Vérité des coûts et fin du modèle sans subventions

1) Tempête autour du Tréport : colère des pêcheurs et emplois promis disparus

Pêcheurs en colère : zones poissonneuses bloquées : Ancien gérant de la coopérative artisans pêcheurs associés du Tréport, depuis 20 ans, Olivier Becquet s'oppose à ces éoliennes offshore :" Le parc éolien est construit dans la zone la plus productive d'espèces. Car il y a des reliefs, et des courants de marée qui mettent en suspension les nutriments. Et nos navires se retrouvent en concurrence avec d'autres bateaux. Il y a des Hollandais, des Allemands, et des Belges qui viennent pêcher en Manche, parce qu'ils ne peuvent plus travailler chez eux !

Un chantier controversé : Récemment, le Canard enchaîné a révélé des éléments qui étrillent le projet. Livraison retardée de cinq ans, fuites d'huile. Et, fabrication d'un tiers des pales en Chine, alors qu'elles devaient être produites au Havre. 

Promesses d'emplois non tenues : Les associations opposées à ce parc éolien s'appuient désormais sur ces derniers éléments et dénoncent également un mensonge sur l'emploi local. Catherine Boutin (SOS/Horizon) : "On nous avait promis des retombées considérables sur les emplois locaux. Mais ce n'est qu'un mirage. Il devait y avoir 125 emplois pour la maintenance. Dont 25 au Tréport. Les 25 ont déjà disparu. On n'en est plus qu'à une soixantaine d'emplois de maintenance à Dieppe ! " Lien 

2) Le grand bazar de Centre-Manche 1 et 2 . Centre Manche 1 remis en cause et de toutes façons, ça ne sera pas moins de 50€/MWh. EDF va renégocier 

Rappel des épisodes précédent sur l'attribution de Centre Manche 2 : lien 1)Le ministre Ferracci à la veille de démissionner a proclamé vainqueur de l'appel d'offre Total/RWE... ; 2) Ce n'était pas le consortium choisi par la CRE qui était celui mené par EDF , et qui était d'ailleurs le seul et unique autre répondeur à l'appel d'offre ; 3) RWE refuse le projet et se désengage complètement de l'éolien en mer en France ; 4)Finalement, Total s'allierait à EDF sur Centre Manche 2, ce qui lisse quand même une grosse impression de panique et que le contribuable français est appelé à la rescousse

Et dernière nouvelle de cette semaine : Du coup, Maple-Tower , qui avait remporté Centre Manche 1 avec EDF se retire de Centre Manche 1

Maple Power a informé EDF renouv. de sa volonté de se désengager du projet Centre Manche 1 :  le consortium Eolienne en mer manche Normandie formé par EDF renouvelable devenu Power solution 60% et son allié traditionnel dans l'éolien offshore Maple Power 40% a remporté en mars 2023 l'AO4 portant sur l'installation d'un gigawatt d'éolienne dans la Manche… La mise en service de Centre Manche 1 est attendue pour fin 2032 au mieux mais avec un départ de Maple Tower qui ne financerait déjà plus le projet la rentabilité prévue n'est pas satisfaisante.

L'électricien national souhaite ainsi revoir avec l'administration le tarif proposé de 44,9 €/MWh tel qu'indiqué aux Echos par le Ministre de l'Energie à l'époque de l'attribution du projet. Ce prix était jugé agressif par des développeurs interrogés, il pose aujourd'hui de sérieuses questions sur la rentabilité du projet au vu  des conditions économiques inflation et d'approvisionnement chamboulé par rapport aux hypothèses de départ … les coûts d'investissement auraient augmenté d'au moins 15% par rapport aux estimations originales selon une revue menée avec les fournisseurs en première moitié d'année 2025.

S'il n'est pas possible de revoir le tarif, EDF propose sinon de vendre un temps l'électricité sur le marché supérieur aux tarifs avant d'activer le complément de rémunération en 2023 (NB soit 63,00 €/MWh en octobre 2025 par exemple). EDF Power solution estimait que les revenus les plus importants compte tenu du tarif retenu serait généré à la fin du contrat de complément de rémunération soit 20 ans après la mise en service du parc » lien 

PIEBÎEM : la forfaiture de M. Ferracci : rappelons que Centre- Manche 1 avait fait l'objet de forte critiques lors de son attribution en raison d'un prix bas proposé par EDF : « La CRE s'est exprimé sur le sujet avec une prudence extrême : « Les prix bas sont une bonne nouvelle pour les finances publiques, sous réserve que cela soit soutenable pour les porteurs de projets… Pouyanné PDG de Total Energie s'adressant ainsi à, à M. Luc Rémont (PDG d'EDF) : « « Si tu fais un investissement, tu prends sans doute pas 50 euros le MWh comme hypothèse, mais sans doute beaucoup plus. On n'investit pas dans l'éolien offshore en Europe à 50 euros le MWh, ce n'est pas vrai !... Avec des prix aussi bas, dans le meilleur des cas, si le projet est faisable, c'est en étranglant la supply chain qui rencontre déjà d'énormes difficultés »

Or, lors des débats (organisés à l'Assemblé Nationale et au Sénat début mai 2025 , M. le Ministre Ferracci a pris comme référence de coût de l'éolien posé l'attribution de Centre Manche-1 à 44,9 € / MWh, et pour l'éolien flottant, les attributions des parcs français en Bretagne sud et en Méditerranée à moins de 100 €/MWh. Ce qui n'était rien moins qu'un gros mensonge, et, peut-être, une forfaiture. Lien . Dans les deux cas, ces choix sont délibérément trompeurs et sous-estiment grandement les vrais coûts, d'autant que le raccordement, les postes électriques et les adaptations de réseau, entre autres, ne sont pas compris- alors que c'est le cas à l'étranger. Pour les coûts de productions, le retour des expériences étrangères suggère plutôt un coût d'environ 100 €/MWh pour l'éolien posé et d'environ 240 €/MW.h pour le flottant. Le mensonge s'écroule.

NB : Et pour ajouter au chaos, le Comité Social et Economique d'EDF Power solution ont engagé un recours devant le Conseil d'Etat pout contester l'attribution de Centre-Manche 2 à Total/RWE contre la recommandations de la CRE ! lien 

3) Courseulles sur mer : le diagnostic écologique contesté, la protection de la biodiversité n' a pas été prise en compte (CNPN)

Alors que le chantier est retardé, de nombreuses associations alertent sur les irrégularités du dossier du projet qui mettrait en péril des dizaines d'espèces protégées. Les associations Belle Normandie Environnement, Sea Shepherd France, Libre Horizon et Groupement régional des associations de protection de l'environnement (Grape) se sont présentées, jeudi 23 octobre 2025, devant le Conseil d'État pour alerter à nouveau au sujet du diagnostic écologique réalisé en 2014. Selon eux, ce dernier est « défaillant et obsolète car un unique mât de contrôle de l'avifaune a été disposé à Fécamp (Seine-Maritime) alors que les deux sites sont distants de 75 kilomètres ». Les risques seraient importants pour 32 espèces, dont les passereaux et plusieurs chiroptères, comme la noctule de Leisler et la noctule commune, migratrices en mer. Les requérants demandent donc l'annulation de l'arrêt préfectoral portant dérogation. Lien 

PIEBÎEM : en ce qui concerne Courseulles, le CNPN avait pointé le site d'implantation des éoliennes : « le parc aurait très bien pu se situer au-delà de zone d'exercice militaire de Barfleur, comme le prouve le nouveau parc attribué en 2023 ». (Centre Manche 1, situé à 32 km des côtes, contre 15 km pour le parc de Courseulles.) et s'était montré très critique : « contrairement à ce que laisse entendre le dossier de dérogation, la biodiversité n'a pratiquement joué aucun rôle dans cette localisation très contrainte pour des raisons socioéconomiques. »

Le résultat de la consultation du public sur la dérogation espèces protégées menées par la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) Normandie du 19 janvier au 2 février avait été particulièrement clair : « en 15 jours, 3 334 réponses ont été comptabilisées, avec « 85 % contre », lien  Ignorer la protection de la biodiversité au faux prétexte de lutte contre le réchauffement climatique n'a aucun sens, espérons que le conseil d'Etat le comprendra.

4) Marc Hirt, PDG D'Ocean Wind : « le risque de ne pas aller au bout d'un projet est perçu comme plus élevé qu'avant. » Le lobby ENR demande une baisse des dépôt de garantie.

Une interview du PDG d'Ocean Wind publié par Le Marin (27octobre lien  titre « Les fondamentaux de l'industrie de l'éolien en mer restent bons » . Sauf que l'intérieur de l'article est un peu différent : « Compte tenu des difficultés que les développeurs ont pu rencontrer dans de nombreux pays, le risque de ne pas aller au bout d'un projet est perçu comme plus élevé qu'avant. Or la France demande des niveaux de garanties et applique des pénalités beaucoup plus importants qu'ailleurs en Europe. Cela fait réfléchir à deux fois avant de remettre une offre.

Il faut que la France fasse un retour d'expérience sur les échecs de l'AO7 qui n'a attiré aucune offre et de l'AO8 où seulement deux candidats ont postulé puis adapte le cahier des charges de ses appels d'offres. Pour l'AO8, le montant des garanties que le développeur doit mettre en place avant la décision finale d'investissement représente près de 700 millions d'euros qui seront perdus si le projet, pour des raisons exogènes, n'arrive pas à son terme. En Europe pour des projets similaires, le montant des garanties se situe entre 100 et 200 millions d'euros. 

PIEBÎEM : La vérité est à l'intérieur de l'article et elle est que les promoteurs éoliens n'ont pas vraiment confiance dans leur business... surtout si les subventions viennent à se raréfier. De plus, en France, le raccordement est à la charge de l'Etat et le domaine maritime est cédé gratuitement alors que presque partout en Europe, il fait l'objet d'enchères. Ce qui justifierait largement des demandes de garanties encore plus élevées.

5) Dernier appel d'offre pour 1 GW aux Pays-Bas : 0 réponse ! Vérité des coûts et fin du modèle sans subventions

Lancé le 16 octobre et clos hier, l'appel d'offres néerlandais pour construire d'ici 2030 en mer du Nord un parc éolien marin de 1 GW sans subventions n'a suscité aucune candidature. Première tranche d'un projet qui en compte quatre, ce parc Nederwiek I-A situé à 95 km des côtes avait pourtant été réduit de moitié et ses règles assouplies en mai dernier.

L'agence néerlandaise incrimine les coûts de développement et de construction en hausse et une demande d'électricité plus faible que prévue, réduisant les débouchés commerciaux sous forme de contrats directs d'achat. Le même type de blocage se retrouve en Allemagne, au Royaume-Uni , au Danemark et en Belgique. lien

PIEBÎEM : C'est la vérité des coûts réels et complets de l'éolien en mer qui se manifeste et en fait la fin générale du modèle sans subventions de l'éolien en mer. Le ministère néerlandais en conclut que des aides gouvernementales sont bel et bien nécessaires et prévoit au moins 948 millions d'euros pour subventionner 2 GW d'éolien marin en 2026.