Éoliennes en mer & biodiversité- colloque Ifremer/CNRS : Un essor massif de l’éolien en mer causera des transformations durables de la biodiversité »…mais l’Etat s‘en moque

04/07/2026

Le rapport Ifremer/CNRS sur éoliennes en mer et biodiversité a fait l'objet d'un colloque à la Sorbonne le 30,juin 2026 Lien  dont PIEBÎEM rend compte et jeté un froid sur les promoteurs de l'industrie éolienne. 1) Dix pressions majeures étudiées et beaucoup d'incertitudes ; 2) Les obstacles physiques : effet sur l'avifaune et effet récif : une emprise écologique bien plus étendue que la surface des parcs ; 3) Modifications des habitats pélagiques et des habitats benthiques : très peu d'étude, difficulté d'accéder aux fonds marins, durée limitée ; 4) Substances chimiques : une grosse inquiétude et des lacunes de connaissances abyssales ; 5) Sons : des effets mortels constatés lors du battage de pieu… et pour le reste, très peu de données - ce qui ne signifie pas pas d'effets ; 6) Lumière, chaleur, champs électromagnétiques : aucune étude en conditions réelles ; 7) Les effets à l'échelle du paysage marins ; largement inconnus mais fortes interactions avec les aires marines protégées ; 8) Espèces non indigènes, espèces invasives : le problème méconnu ; 9) Mesures d'atténuation (Eviter Réduire Compenser) : un contrat social non respecté, des mesures non évaluées ; 10) Pierre-Yves Hardy (UICN) : à quoi sert la science dans le débat public lorsque elle n'est pas écoutée ? On aurait pu attendre pour l'AO10 ; 11) Intervention de PIEBÎEM : avec l'AO10 et l'éolien flottant, on fonce dans le mur de l'inconnu – un moratoire immédiat est indispensable (video jointe) ; 12) CNPN et Sea-Shepherd avaient raison... depuis 5 ans  !

1) Dix pressions majeures étudiées et beaucoup d'incertitudes

Le rapport a étudié dix pressions majeures exercées par l'éolien en mer sur la biodiversité : obstacles physiques (effet barrière, collisions), récifs artificiels créés par les fondations, modification des habitats des fonds marins, modification des habitats pélagiques, bruit sous‑marin, champs électromagnétiques, lumière, chaleur, substances chimiques, effets à l'échelle du paysage marin, espèces non indigènes, modification des activités de pêche. Ce qui frappe, 1) c'est l'ampleur des agressions à la biodiversité déjà documentées ; 2) l'ampleur de ce qui reste encore à déterminer. De quoi largement appuyer l'application du principe de précaution, surtout concernant un programme éolien en mer dévastateur de nos paysages et de nos littoraux, sans utilité climatique ou électrique dans le contexte français ( bien au contraire) et non soutenable économiquement et socialement.

2) Les obstacles physiques : effet sur l'avifaune et effet récif : une emprise écologique bien plus étendue que la surface des parcs

Ce qui est connu : Les interactions avec l'avifaune sont parmi les points les plus documentés, avec les deux effets collision/effet barrière ; chez certaines espèces d'oiseaux marins, attraction et risque de collision ( donc de mort) sont maximaux (goélands, passereaux), chez d'autre l'évitement domine ( plongeons) , chez d'autres le comportement est mixte (Fous de Bassan). Le comportement d'évitement (effet barrière) entraine une relocalisation vers des zones moins favorables et un contournement des parcs avec une forte déperdition d'énergie , le tout résultant dans une baisse du succès reproducteur. L'effet d'évitement pour les plongeons peut aller jusqu'à 16 km , ce qui est énorme et montre que l'emprise écologique des parcs est bien plus étendue que leur surface ( de 80 à 1500 km2 pour le parc de Saint-Nazaire)

L'inconnu : effet cumulé des parcs, peu de données empiriques et des modèles( indispensables faute d'observations directes)  très sensibles aux paramètres : une sous-estimation de quelques % de la fréquentation des parcs entraine un facteur 10 sur la mortalité ; peu de données sur les chauves-souris ; manque d'études sur le temps long indispensables pour mettre en évidence un effet populationnel

NB : Saint-Brieuc, c'est 59 autorisations de destruction d'espèces protégées : pour un parc à terre, une seule suffit à faire interdire un parc.

L'effet récif- beaucoup d'inconnues : une biodiversité apparait, très différente de la biodiversité originelle qui disparait. Documenté en Mer du Nord sur des sols sablonneux, pas sur des sols rocheux, nombreuses questions sur la stabilité et la reproduction des espèces,  pas de données sur les éoliennes flottantes. Et que se passe-t-il après le démantèlement du parc ?

3) Modifications des habitats pélagiques et des habitats benthiques : très peu d'étude, difficulté d'accéder aux fonds marins, durée limitée

Des effets importants sont démontrés : bouleversement de la stratification des colonnes d'eau, remontées d'eau, effets sur les apports en nutriments dont la répartition naturelle est bouleversée. Limitations : les données reposent sur un nombre de cas très limités, en Mer du Nord, et une absence d'étude sur la distribution et l'agrégation du plancton.

Spécifiquement, sur l'environnement benthique ( fonds marins) les limitations font qu'il n' y a pratiquement aucune étude sur le fonds marin en raison de la difficulté d'accès, qu'elles sont parfois limitées à une turbine dans un parc et de durée limitée alors que le fonds marin change lentement.

4) Substances chimiques : une grosse inquiétude et des lacunes de connaissances abyssales

Dans une publication récente qui a fait quelque bruit, l'Ifremer a recensé au moins 228 substances chimiques potentiellement relarguées par les parcs éoliens : 25 cancérigènes/mutagènes, 17 reprotoxiques, 93 toxiques pour l'environnement aquatique, 14 perturbateurs endocriniens lien  

En fait, ce qui est connu c'est que pollution n'est pas que locale ; pour le reste, les lacunes de connaissances prédominent : seulement deux études in situ ! , des études uniquement sur les métaux (anodes sacrificielles) et rien sur des métaux comme le néodyme, et sur substances organiques (peintures, traitements de surfaces, anti fouling, polymères des pales), très peu d'espèces étudiées et quasiment rien sur les effets biologiques….

5) Sons : des effets mortels constatés lors du battage de pieu… et pour le reste, très peu de données , ce qui ne signifie pas pas d'effets

Les effets du son sur les cétacés et notamment les marsouins en phase de travaux(battage de pieu des éoliennes posées sont bien documentés et reconnus comme invalidant et parfois mortel, y compris à large distance. Lacunes : les études se sont concentrées sur les phases de travaux, laissant penser que le reste est sans danger, ce qui est faux. Il y a un fort manque de données sur les phases de fonctionnement ; également, un manque d'étude sur la façon dont les bruits des parcs se combinent et les fréquences s'additionnent ou interfèrent avec le paysage sonore existant ( dont l'augmentation de la circulation des navires) et très peu d'études sur des espèces animales autres que les cétacés , pour lesquelles même les connaissances fondamentales sur leur sensibilité au son sont faibles voire inexistantes

6) Lumière, chaleur, champs électromagnétiques : aucune étude en conditions réelles

La lumière des parcs éoliens ( la nuit) est visible jusqu'à des dizaines de km et l'on sait qu'elle attire les oiseaux et les chiroptères : aucune étude en condition réelle

Un effet calorique est ressenti jusqu'à quelques décimètres autour des câbles : aucune étude

Les champs électromagnétiques sont ressentis jusqu'à quelques mètres autour des câbles : très peu d'étude in situ, quelques études en laboratoires. Des effets dans des conditions réelles ont cependant été observées chez des espèces électrosensibles ( raies, requins, anguilles) cf lien 

7) Les effets à l'échelle du paysage marins ; largement inconnus mais fortes interactions avec les aires marines protégées

C'est la grande lacune ! Peu d'espèces étudiées à grande échelle, fort bais taxonomique ( cétacés, poissons), très peu de quantification sur les espèces, pas de prise en compte ds effets cumulés des parcs et surtout pas de prise en compte des interactions avec les aires marines protégées alors que 77% de la superficie des parcs présentent un statut d'aires protégées, pas de prise en compte de la « trame grise » résultant de l'accumulations des structures artificielles offshore.

8) Espèces non indigènes, espèces invasives : le problème méconnu

Une certitude : les éoliennes facilitent l'installation des espèces non indigènes. Un nombre d'études très limitées (4 !), ne concernant que certaines espèces, en Mer du nord, en zones intertidales et non en zones profondes, dimension génétique et sanitaire absente, absence d'étuede des interactions avec les autres structures artificielles

9) Mesures d'atténuation (Eviter Réduire Compenser) : un contrat social non respecté, des mesures non évaluées

L'engagement de zéro perte nette de diversité est un contrat social qui ne sera pas respecté. Et cela se traduit dans les fameuses mesures ERC ( Eviter, Réduire, Compenser): dans 85% des cas , il s'agit de réduction, pour 12% de compensation et…3% d'évitement !

A parts l'arrêt des pales lors des migrations et les rideaux de bulles lors de la construction, les auteurs du rapport pointent un manque de validation empirique des mesures, un manque de méthodes standardisées, un manque de connaissance sur les parties immergées des infrastructures, et des études concentrées sur les oiseaux et les mammifères marins ( en phase de travaux).

10) Pierre-Yves Hardy (UICN) : à quoi sert la science dans le débat public lorsque elle n'est pas écoutée ? On aurait pu attendre pour l'AO10

Lors de la table ronde de 11H30 parmi Daniel Cueff région Bretagne (Xavier Guillou ( DG Mare) et Jules Nyssen président du Syndicat des Energies Renouvelables, Pierre- Yves Hardy (UICN) a été le seul à porte une parole critique sur le développement de l'éolien en mer . Verbatim

« Les éoliennes en mer ne sont pas, comme on l'entend parfois des zones protégées »

« Une forme de fatigue de voir que c'est une science qui ne date pas d'aujourd'hui, qui existe depuis des années , posé et reposée dans le débat public, on voit qu'il y a un vrai risque avec les impacts cumulés… Le principe de précaution se réinvite dans le débat «

«On voit Migralion qui est sorti, les scientifiques, les ONG se posent des questions Pourquoi Migralion n'a pas été pris en compte dans la planification ? Migralion a été financé 4 à 5 millions d'euros pour éclairer la planification, il ne s'est rien passé »

Rouvrir le chapitre de l'AO10 : « l'AO10 est sorti il y avait encore une petite fenêtre politique pour réfléchir, pour se poser . Il y avait peut-être des zones où il fallait encore attendre un petit peu…il va falloir peut-être remettre en cause certaines des décisions dans le cadre de l'AO10 ça mériterait qu'on rouvre le chapitre de l'AO10 malgré que le DSF soit sorti »

« Ca fait depuis 2018 que l'UICN produit des études… Qu'est-ce qui va se passer le jour où on constate un massacre sur l'avifaune ? On les enlève ? [les éoliennes] , on les remplace ? les flottantes on les déplace ? » « Les scientifiques produisent des études et travaillent mais ne sont pas entendus de l'appareil d'Etat. La commande publique, oui, mais pour la décision politique ! »

NB sur Migralion qui a montré un flot migratoire plus massif qu'attendu et des zones éoliennes en mer très mal positionnées sur les zones de migration ou d'occupation préférentielles des oiseaux lien  et la même chose est en train de se passer pour Migratlane, sur la côte atlantique, malgré mes avertissements de la LPO.

11) Intervention de PIEBÎEM : avec l'AO10 et l'éolien flottant, on fonce dans le mur de l'inconnu – un moratoire immédiat est indispensable ( video jointe)

Nous entrons avec l'ouverture de l' appel d'offres AO10, à la légalité d'ailleurs douteuse, dans un changement d'échelle : 10 GW d'éolien en mer dont la moitié de flottant. C'est gigantesque et ça change tout. L'éolien flottant c'est d'abord des ancres entre 6 et 12 de 20 tonnes par plateforme par plateforme dans le cas le plus standard, qui vont racler les fonds marins et dans les parcs prévus en Bretagne sud et en Bretagne nord, ces fonds marins ce sont des coraux des mers froides, ce sont des bancs de maërl, ce sont des herbiers de zostère qui mettent dee siècles pour se reconstituer quand ils sont endommagés… ce sont aussi des câbles flottants avec des dangers d'enchevêtrements pour les cétacés et les tortues. Ce sont ensuite des éoliennes de très forte puissance qui n'existent pas de plus de 300 mètres de haut et d'environ 20 mégawatts ; ça signifie davantage d'infrasons (ça a été montré par certaines études danoises récentes), des vibrations entre la plateforme et l'éolienne dont on ne connaît pas les effets- il n'y a pas de prototype existant. Ca veut dire aussi des très grandes pales qui tournent très vite avec une faible garde au sol , de véritables hachoirs à oiseaux. Vous n'avez aucun précédent là-dessus, aucune étude ! Ave0c les éoliennes flottantes, c'est aussi un risque plus important d'espèces invasives. C'est pourquoi sachant qu'en plus des institutions comme l'Académie des sciences et l'Académie des technologies expliquent que .nus n'avons pas besoin d'électricité supplémentaire pendant 10 ans et surtout pas d'électricité variable intermittente, sachant que ,dans le contexte électrique français, la décarbonation de l'éolien flottant est pour le moins douteuse voire négative parce que lorsque l'éolien en mer se substitue au nucléaire, l'effet sur les émissions de gaz à effet de serre est négatif, nous demandons un moratoire immédiat sur l'AO10 et les parcs éoliens flottants Bretagne sud 1 et Bretagne sud 2 «

12) le CNPN et Sea-Shepherd avaient raison... depuis 5 ans  !

Les résultats du colloque et de l'étude IFREMER/CNRS ne font que confirmer les alertes très sérieuses contre ce plan éolien en mer du CNPN et de Sea Shepherd depuis maintenant cinq ans !

Autosaisine CNPN sur l'énergie Offshore en France, juillet 2021 : « L'objectif de la Commission Européenne qui pourrait se traduire par l'équivalent de 34 000 éoliennes offshore en 2050 dont 7100 pour la France semble clairement incompatible avec la survie de nombreuses espèces d'oiseaux marins dont la dynamique de population est liée à un taux de mortalité très faible des adultes… L'adéquation des objectifs éoliens offshore avec l'objectif de zéro perte nette de biodiversité inscrit aux articles L. 110- 1 et L. 163-1 du code de l'environnement paraît difficile voire impossible à atteindre au regard de la connaissance actuelle des incidences et surtout des moyens techniques d'expertise et de pilotage permettant d'y remédier efficacement, ainsi que l'objectif de préservation du paysage marin ».

Sea Shepherd, les Vents de la colère : ce programme éolien en mer constitue « une menace imminente d'une ampleur telle qu'elle hypothèque l'avenir de la vie marine côtière… Au prétexte de lutter contre le changement climatique, les promoteurs de l'industrie éolienne en mer se voient accorder des passe-droits qui seraient refusés à n'importe quelle autre industrie » « On ne peut pas sacrifier la biodiversité pour lutter contre le changement climatique"

Lien vers la conférence : 

Lien vers le colloque

Intervention de PIEBÎEM

infographie réalisée par Enviro Veritas ( IA assistée) 

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