Menhirs du Morbihan et éoliennes de Bretagne sud : pourquoi nous restons inquiets ! Le site mégalithique d’Erdeven mérite mieux que des fouilles prétextes pour donner bonne conscience.

03/09/2025

L'atterrage de Bretagne sud à Erdeven tel qu'il est actuellement prévu par RTE à travers la dune d'Erdeven et dans le périmètre du classement Unesco des mégalithes nous parait inacceptable quant aux risques majeurs pour un patrimoine dont Yves Coppens considérait qu'il devait constituer un « espace sacré ». A PIEBÎEM, nous sommes inquiets des conditions dans lesquelles l'archéologie préventive pourrait intervenir, dans un calendrier serré, avec des enjeux aussi délicats, complexes et importants. D'autant que l'archéologie préventive connaît d'importante difficultés et qu'il existe des tentatives (loi de simplification économique) d'exempter certains projets « d' intérêt majeur ». de toute obligation en ce domaine. 1) Enjeux d'atterrage : les fouilles préventives auront -elles lieu et dans quelles conditions ? ; 2) Où en est-on sur les diagnostics archéologiques ? 3) L'INRAP déstabilisé par la restriction des moyens et des projets de loi scélérats 4) Des fouilles prétextes pour donner bonne conscience ? Le site mégalithique d'Erdeven mérite mieux !

1) Enjeux d'atterrage : les fouilles préventives auront -elles lieu et dans quelles conditions ?

Concernant l'atterrage de Bretagne sud à Erdeven, RTE marche visiblement sur une matière très inflammable et le sait, qui avoue dans son document Enjeux environnementaux du raccordement électrique : « Les impacts temporaires : les impacts sont limités et la pose des liaisons souterraines est sans effet notable vis-à-vis des monuments historiques ou sites (-sic ???) En revanche, le risque de découverte archéologique est possible. Le Service régional de l'archéologie est rencontré en amont du projet et peut prescrire une fouille archéologique préventive avant le lancement du chantier ».

Remarquons cette curieuse sémantique qui parle de risque de découvertes archéologiques- c'est peut-être de chance qu'il faudrait parler ! La bonne nouvelle : fouille préventive il y aura ( ou devrait y avoir) : « Un diagnostic archéologique préventif, ajoute RTE, sera réalisé par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) cet automne (2025), pour s'assurer de la compatibilité des modes de travaux envisagés avec la préservation du site. »

Rappelons que le tracé passerait, à l'est de l'enceinte et du dolmen de Crucuno (Plouharnel) et de celui Mané Groh (Erdeven), dans une zone boisée et humide au fort potentiel archéologique, comprenant déjà les tumulus de Bovelann, reconnus et inscrits sur la liste Unesco.. Par ailleurs, le tracé passera par les dunes de Kerhillio, une zone également connue pour son intérêt scientifique, si l'on en croit les recherches passées et la quantité des collections du musée de Carnac en provenant. Enfin, même dans la partie maritime, les « risques » de découvertes archéologiques sont également très importants.

2) Où en est-on sur les diagnostics archéologiques ?

Une première intervention du DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines)concernant le patrimoine sous-marin a eu lieu dans la zone concernée en avril- mai 2025 ( avec un risque particulier : les engins explosifs de la seconde guerre mondiale)

Une intervention sur la partie estran est annoncée à partir de la mi-septembre (dates à confirmer de la part du DRASSM)

Pour la partie terrestre (diagnostic effectué par l'INRAP) les diagnostics pourraient aussi démarrer mi-septembre sur les zones du tracé identifiées. Pour le diagnostic sur la zone d'atterrage (Erdeven – Kerhillio) les demandes d'autorisations environnementales nécessaires sont en cours de finalisation, le diagnostic sur cette zone pourrait être réalisé d'ici la fin de l'année.

Pour ce qui est du rapport attendu (si cela se fait comme prévu sur la partie terrestre), il est établi à l'issue de la réalisation de la totalité des diagnostics donc pas de publication à ce stade. Aucun rapport intermédiaire ne sera communiqué.

3) L'INRAP déstabilisé par la restriction des moyens et des projets de loi scélérats

Le diagnostic archéologique du raccordement d'Erdeven s'annonce particulièrement important et complexe dans ses enjeux (site classé Unesco, forte présence probable d'artefacts témoins des civilisations mégalithiques) et il devra utiliser les moyens adaptés et prendre le temps nécessaire

Or les chercheurs de l'INRAP (Institut National de Recherches d'Archéologie Préventive) estiment que leur mission de protection du patrimoine est mise en danger par la diminution notable des moyens affectés, notamment en personnel :

« Les budgets ne sont pas à la hauteur, souligne l'archéologue Séverine Hurard, représentante CGT à l'Inrap. La technique consiste à baisser le volume d'activité plutôt qu'augmenter les moyens pour répondre aux besoins. »

«Des choix drastiques sont faits, mais on nous demande d'être encore plus drastiques parce qu'on refuse de donner les moyens à l'Inrap pour intervenir », analyse Benoît Ode, secrétaire général de la FSU Culture, archéologue à la direction générale des affaires culturelles (DRAC) Occitanie (Montpellier) et prescripteur depuis vingt ans. Il constate que le système « se grippe » et que le temps de réalisation des diagnostics s'allonge. « Aujourd'hui, on annonce un an à un an et demi d'attente à des particuliers ou des aménageurs » lien 

Pire encore, il existe des tentatives de limiter les interventions de l'INRAP, notamment dans la cadre du projet de loi en discussion dit « Simplification de la vie économique ». Celui-ci comportait un article 15 qui soustrait les projets économiques à l'intérêt national majeur pour la souveraineté nationale ou la transition écologique" aux obligations d'évaluation environnementale et d'archéologie préventive.

Il existe donc une volonté politique chez certains de diminuer le nombre de diagnostics archéologiques préventifs. Les archéologues déplorent un risque de destruction d'éléments du patrimoine, en particulier les sites préhistoriques qui laissent peu de traces et sont donc peu visibles seront les plus impactés. Le Président de l'INRAP lui-même est monté au créneau : « se passer d'archéologie préventive, c'est forcément aboutir à des scandales si étaient découverts au dernier moment des vestiges archéologiques lors d'aménagements. Les aménageurs, publics ou privés, n'ont pas besoin de ça. » et par ailleurs d'autres archéologues préviennent : ces projets restent soumis aux lois, qui disent qu'il est interdit de détruire des vestiges archéologiques. Donc s'ils en détectent, il faudra arrêter le chantier pour venir le fouiller en urgence, donc dans de mauvaises conditions pour tout le monde »,lien https://france3-regions.franceinfo.fr/centre-val-de-loire/eure-et-loir/chartres/ces-projets-vont-detruire-des-vestiges-l-archeologie-preventive-menacee-par-un-projet-de-loi-3170730.html

Pour l'instant, cet article 15 scélérat, qui instaurait un droit d'exception permettant à certains projets dits d'« intérêt national majeur » de se soustraire aux évaluations environnementales et archéologiques » - a fait l'objet d'amendements de suppression. Tant mieux, car il aurait pu typiquement s'appliquer à l'atterrage de la zone éolienne Bretagne sud à Erdeven, celle-ci bénéficiant automatiquement d'une « Raison Impérative d'Intérêt Public Majeur ». Cependant, l'ensemble du projet de loi n'ayant pas été adopté, il devra repasser en Commission Mixte Paritaire en septembre, et tous les changements sont encore possibles. La plus grande vigilance s'impose donc.

4) Des fouilles prétextes pour donner bonne conscience ? Le site mégalithique d'Erdeven mérite mieux, dans l'esprit du label Unesco

Enfin, ces diagnostics/fouilles préventives Inrap vont indiquer le risque archéologique sur le terrain de passage possible des câbles Mais ce type de fouilles risque de n'être qu'un prétexte qui arrangera bien le promoteur éolien et donnera bonne conscience aux édiles locaux. Le mieux dans ce secteur serait de ne pas fouiller et préserver cet environnement encore quasiment vierge de toute construction ou alors, d'entamer un vrai travail de fouilles programmées (répondant à des problématiques/interrogations précises, sur des surfaces pertinentes - pas limitées à l'emprise du tracé des câbles et réalisées avec des délais plus longs par les meilleurs spécialistes… Le site mégalithique d'Erdeven le mérite et c'est bien ce qui est attendu du label Unesco !

Donc, oui, nous sommes inquiets et PIEBÎEM et ses associations partenaires dans le domaine de la défense du patrimoine breton resteront particulièrement vigilants sur ce dossier de l'atterrage à Erdeven. 

Cf articles précédents lien lien, lien

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