Eoliennes européennes : la fin d’une époque- celle de l’"âge d’or" des promoteurs ENR

15/02/2025

Encore une remarquable tribune de Jean-Pierre Riou : Eoliennes européennes : la fin d'une époque lien qui tire les conséquences des faits que nous avons abordés dans les fils précédents : 1) avec trop de productions ENR, les interconnexions ne sont plus une solution, mais un problème ! lien  et Energies fatales intermittentes (Eolien en mer….) et « loop flows », les gros problèmes du système électrique européen lien 

1) L'âge d'or (pour les producteurs éoliens) de la libre injection des Energies fatales intermittentes, c'est terminé… et il va y avoir du sport ; 2) Des coûts d'engorgement et d'investissements dans les réseaux qui deviennent insupportables ; 3) Les propositions du gestionnaire de réseau européen (Entsoe): fragmentation importante du marché : Allemagne de deux à cinq zones, France trois zones. 4) De fortes oppositions, mais pourtant une réalité qui s'impose pour remédier aux inconvénients des ENR.

Ce cocktail redoutable qu'aura été d'une part, la promotion irresponsable des ENR Fatales Intermittentes, d'autre part l'ultra libéralisme de la Commission européenne inadapté à la production électrique auront fait, au moins partiellement, voler en éclat : 1) l'avantage qu' apportait le nucléaire et son réseau centralisé à la France ; 2) la mission de service public, notamment appuyée sur la péréquation tarifaire, du système électrique français ; 3) la baisse des prix et leur convergence dans toute l'Europe, buts premiers du marché Européen de l'électricité. Un plein succès !

Extraits : L'âge d'or (pour les producteurs éoliens) de la libre injection des Energies fatales intermittentes, c'est terminé… et il va y avoir du sport ;

« Grâce à leur priorité d'injection permise par leur coût marginal nul, les énergies renouvelables intermittentes (EnRi) jouissent de la plus grande liberté de produire selon les caprices de la météo, sans souci des impératifs du réseau. La remise en cause de ce privilège en janvier dernier par le rapport de l'Entso-e, a été reportée au printemps prochain en raison des tensions qu'on imagine entre les intérêts en présence. Mais quelle que soit la teneur des révisions en cours, il semble que l'âge d'or de la libre injection des EnRi sur le marché, doive irrémédiablement se plier aux impératifs européens d'un réseau qu'on a pourtant restructuré pour elles. »

Des coûts d'engorgement et d'investissements dans les réseaux qui deviennent insupportables

« Le transport des surplus des EnRi compromet le fonctionnement du marché de l'électricité en provoquant des engorgements structurels dans ses réseaux dès que le vent souffle, notamment entre la production des éoliennes d'Allemagne du nord et leur consommation par l'industrie allemande du sud. Ces engorgements se traduisent par des MWh clandestins, ou flux de boucle, qui les contournent alors par les réseaux des pays voisins, sans même en demander l'usage puisque leur transaction commerciale ne quitte pas la même zone d'enchère. Le coût du développement des réseaux pour transporter ces surplus, pourtant de moins en moins supportable pour le consommateur, ne suffit plus à empêcher les engorgements de croitre parallèlement à l'augmentation de la puissance intermittente installée. »

Le yoyo des prix , des valeurs négatives aux valeurs stratosphériques : insupportable pour les voisins de l'Allemagne cf aussi lien 

« Il est important de comprendre que l'injection aléatoire des ces EnRi, qui débordent ainsi sur les réseaux de leurs voisins, ruine le principe même du marché de l'électricité en réduisant leur capacité d'importer, et en font du même coup flamber les cours nationaux. L'analyse du pic français du 4 avril 2022 avec un MWh à 3000 €, en détaille le mécanisme. Lassés par la répétition de ce phénomène, la Suède et la Norvège viennent de jeter l'éponge en faisant connaitre leur volonté de se déconnecter de ce système qualifié d'«absolument merdique ». Le 16 décembre dernier, la ministre suédoise de l'Énergie Ebba Busch montait d'un cran ses récriminations contre l'Allemagne pour la raison qu'elle ne se contenterait même plus d'empêcher ses voisin de financer leur relance du nucléaire, mais se refuserait à assumer les effets indésirables de ses énergies intermittentes en n'acceptant pas d'en financer les conséquences sur son réseau et refuserait, dans le même temps, de respecter le règlement européen en s'opposant à la nécessité de scinder son marché en 2 zones d'enchères distinctes, selon ses propos rapportés par Euractiv »

Les propositions du gestionnaire de réseau européen (Entsoe): fragmentation importante du marché : Allemagne de deux à cinq zones, France trois zones.

Pour éviter que des congestions structurelles puissent demeurer au sein d'une même zone d'enchères, un règlement européen impose de revoir régulièrement les zones d'enchères. « Or, la congestion du réseau allemand entre la production des éoliennes d'Allemagne du nord et sa consommation par l'industrie du sud semble manifestement violer  cette prescription malgré les centaines de milliards investis dans le réseau allemand »

« L'Allemagne est au cœur des simulations et des effets attendus d'une séparation de son marché en 2 zones distinctes, mais également des effets de sa division en 3, 4, et même 5 zones. Il s'avère que la plupart des configurations européennes se solderaient par une diminution significative de la production des EnRi qui seraient alors écrêtées »

Le marché français serait aussi mis à la découpe ! : « La France qui dispose du marché le plus bas de l'UE, avec un cours moyen de 41,86 €/MWh conserverait cet avantage dans tous les cas de figure. Mais elle n'est pas épargnée par les engorgements de son réseau par les EnRi, et son marché connaîtrait une différence de prix entre les 3 zones suggérées dans le cadre de cette révision. La partie sud-est verrait alors son cours tiré vers le haut au bénéfice du tiers nord-est »

De fortes oppositions, mais pourtant une réalité qui s'impose pour remédier aux inconvénients des ENR

Selon Euractiv, la décision de scinder les marchés en France et en Allemagne aurait dû intervenir ce 27 janvier 2025 ( pour une discussion qui aurait dû aboutir en automne 2022 ! ) mais aurait été différée. La tension est forte entre les différents gouvernements, qui doivent se mettre d'accord à l'unanimité. « L'opposition de l'Allemagne ne saurait indéfiniment pénaliser ses voisins » : « le réseau électrique de l'UE est de plus en plus congestionné (les mesures correctives telles que le redispatching ont augmenté de 14,5 % en 2023) et le coût de la gestion de cette congestion en 2023 s'est élevé à 4 milliards d'euros. »

Également vent debout le lobby de l'éolien Wind Europe « en raison de la grande insécurité que créeraient ces nouveaux découpages pour les nouveaux projets éoliens. » De fait, ces scissions des zones d'enchères auront un effet « désastreux » pour le développement des énergies renouvelables, confrontées à la nécessité de remédier à leurs inconvénients fondamentaux et critiques : engorgement des réseaux voisins, alternance de marchés flambants ou écroulés.

Ce cocktail redoutable qu'aura été d'une part, la promotion irresponsable des ENR Fatales Intermittentes, d'autre part l'ultra libéralisme de la Commission européenne inadapté à la production électrique auront fait, au moins partiellement, voler en éclat : 1) l'avantage qu' apportait le nucléaire et son réseau centralisé à la France ; 2) la mission de service public, notamment appuyée sur la péréquation tarifaire, du système électrique français ; 3) la baisse des prix et leur convergence dans toute l'Europe, buts premiers du marché Européen de l'électricité. Un plein succès !


Share