La PPE3 doit inclure un moratoire sur l’éolien en mer ! Maintenant !

26/08/2025

Green Univers est bien obligé de le constater : le débat sur les EnR repart sur les chapeaux de roues. Sur l'Eolien en mer, Cécile Maisonneuve (l'Express) diagnostique un naufrage annoncé provenant d'un mal profond, une technologie qui ne tiendra jamais ses promesses économiques et dont les coûts réels et complets sont dissimulés ; L'expert Damien Ernst (Atlantico) critique les 11 milliards d'aide d'Etat pour trois parcs éoliens offshore en France, dont Bretagne sud 2 ( c'est costaud #83 €/MWh), une absurdité économique et énergétique et demande la fin de toute subvention ou aides aux ENR ; Kevin Champeau (Révolution énergétique) passe en revue les derniers échecs européens concernant l'éolien en mer : plus personnes ne veut s'engager sans dispositifs de soutien en raison de risques trop élevés et le "secteur éolien en mer peine à sortir de l'ornière" 

1) L'éolien en mer en mer, chronique d'un naufrage annoncé (Cécile Maisonneuve, L'Express, lien . Extraits :

Un mal profond ; cette technologie ne tiendra jamais ses promesses économiques

« L'effondrement spectaculaire d'Ørsted en août 2025 - une chute de 32% en une seule séance pour le leader mondial danois de l'éolien en mer - sonne comme un révélateur brutal : cette technologie ne tiendra jamais ses promesses économiques. Quand le géant danois doit lever 9,4 milliards de dollars en urgence et que l'État danois vole à son secours, ce n'est pas la faute de Donald Trump et des déboires américains de l'industrie de l'éolien en mer. Le mal est plus profond, qui tient aux coûts croissants d'une filière qui restera tributaire de lourdes subventions publiques, contrairement à d'autres technologies bas-carbone telles que le solaire photovoltaïque et les batteries »

Difficile d'y voir dans les couts complets mais des charges en forte augmentation

« Dans cette filière dont il reste difficile d'y voir clair dans les coûts complets – ce qui est, en soi, éminemment problématique… -, les quelques chiffres dont on dispose sont impressionnants : en France, l'éolien en mer induit déjà une charge de 921,7 millions d'euros pour seulement 1,5 GW installé, avec un coût moyen de rachat de 184,9 euros le MWh, qui en fait la technologie la plus gourmande en charges de service public de l'énergie avec 293 millions d'euros par GW installé. Avec l'objectif gouvernemental de 45 GW en 2050, la facture atteindrait 13 milliards d'euros annuels de subventions. L'un des talons d'Achille de cette technologie réside dans ses coûts de raccordement, qui représentent déjà 35% du coût total des projets futurs selon RTE, le gestionnaire du réseau de transport de l'électricité. Ces coûts sont structurellement incompressibles : plus les parcs s'éloignent des côtes pour des raisons d'acceptabilité, plus les infrastructures sous-marines se complexifient et se renchérissent, comme le souligne la Commission de régulation de l'énergie. » NB le texte intégral de la Tribune peut être téléchargé

L'impasse économique et technologique de l'éolien flottant , pourtant indispensable pour s'éloigner des côtes françaises,

« Ajoutons à cela l'impasse technologique que représente l'éolien en mer flottant, technologie que compte développer le gouvernement au large des mégalithes de Carnac ainsi qu'en Méditerranée. Même un géant comme Iberdrola – gestionnaire du parc de Saint-Brieuc - refuse de participer aux appels d'offres flottants, estimant la technologie « pas assez mûre »… Quand les industriels les plus expérimentés fuient, même avec 11 milliards de subventions publiques, c'est que les fondamentaux économiques ne fonctionnent vraiment pas. La Commission sénatoriale d'enquête sur l'électricité aux horizons 2035 et 2050 l'avait d'ailleurs souligné dès l'an dernier, évoquant « un pari risqué ».

2) 11 milliards pour soutenir l'énergie éolienne offshore : une double absurdité économique et énergétique, Damien Ernst, Atlantico lien Extraits :

11 milliards d'euros d'aide d'Etat pour 1,5 GW d'éolien flottant, c'est vraiment costaud

Atlantico : La Commission européenne a approuvé un programme français de 11 milliards d'euros visant à soutenir la construction de trois parcs éoliens offshore flottants, un au large de la Bretagne et deux en Méditerranée. Selon les chiffres annoncés, les trois parcs éoliens de 550 MW chacun produiraient ensemble 6,6 TWh/an pour un soutien financier de 11 milliards d'euros. Est-ce que ce subside de 11 milliards vous semble excessif ? (NB cela suppose un facteur de charge de 50%)

Damien Ernst : Quand on parle de politique énergétique, il faut analyser les chiffres, sinon on parle dans le vide. Partons donc du principe réaliste que ces parcs produiront de l'électricité pendant 20 ans. Cela nous ferait un subside de l'ordre de 83 €/MWh (il y a un million de MWh dans un TWh). Je dirais que c'est vraiment « costaud » ! Regardez : le prix auquel on rachète l'énergie d'un réacteur nucléaire sur le marché de gros aujourd'hui tourne aux alentours des 70 €/MWh. Et le nucléaire est une source d'électricité assez constante. Ajoutons que ces 83 euros/MWh constituent une subvention…

PIEBÎEM : En surplus viennent s'ajouter les coûts de raccordement ( 1 à 1,5 milliards par parc, en France, ils sont pris en charge par l'Etat), les coûts d'adaptation du réseau terrestre ( également pris en charge par l'Etat) et la compensation des écrêtements pour les périodes de surproduction ( « prix négatifs)

Ces aides d'Etat ne favorisent pas la production la moins chère…il serait préférable d'arrêter tout subside au renouvelable et de laisser faire le marché.

Atlantico : Le recours à des aides d'État massives ne risque-t-il pas de fausser durablement le marché européen de l'électricité au profit de solutions moins efficientes mais politiquement favorisées ?

Oui, très clairement ! Et c'est catastrophique à tous les niveaux. Premièrement, avec ces aides, vous ne soutenez pas la production d'électricité décarbonée la moins chère. Elles conduisent donc à ce que l'on appelle en économie « une mauvaise allocation des ressources ». Deuxièmement, la manière dont les aides sont calculées fait en sorte que les acteurs éoliens ne vendent pas leur électricité de manière optimale. Alors qu'ils devraient privilégier les marchés à long terme, ils ont tendance à la vendre sur des marchés à court terme…

Vous allez me dire que je suis un peu trop technique ? Eh bien, c'est justement le problème ! Le monde politique ne maîtrise pas les logiques très particulières des marchés de l'électricité et ne se rend absolument pas compte que ses politiques de subsides sont catastrophiques ! Je pense d'ailleurs qu'il serait préférable d'arrêter tout subside au renouvelable et de laisser faire le marché. Les investisseurs dans le domaine des renouvelables doivent redevenir des entrepreneurs, capables de prendre des risques. Cela ferait d'ailleurs fortement baisser les prix pour le consommateur. Pour l'instant, ils voient trop souvent les investissements dans le renouvelable comme des livrets d'épargne sous stéroïdes et cela doit absolument cesser. Je trouve ça vraiment trop malsain !

3) Sans subventions, personne ne veut construire ces parcs éoliens en mer en Allemagne, Kevin Champeau, Révolution énergétique lien  Extraits :

Zéro réponse au dernier appel d'offre éolien en mer allemand : des risques trop élevés sans dispositif de soutien « comme en France »

« C'est la douche froide pour le gouvernement allemand. Son appel d'offre, concernant deux zones éoliennes en mer du Nord, n'a intéressé aucune entreprise. Personne ne s'est donc porté candidat. Ces deux zones, d'une superficie totale de 180 km², prévoient 2,5 GW de puissance à une distance de 100 km des côtes allemandes. Leur mise en service est prévue pour 2029 et 2031.

Ce résultat s'expliquerait par des risques financiers trop élevés, notamment à cause de l'absence de dispositif de soutien au prix de vente de l'électricité, que l'on retrouve dans d'autres pays comme la France. En parallèle, le projet renferme plusieurs incertitudes, particulièrement en termes de rendement annuel. En effet, sur le long terme, ce parc de 2,5 GW sera entouré d'autres parcs éoliens comme N-9.4 ou N-12.1. Cela pourrait avoir des répercussions directes sur les performances du parc à cause de l'effet de sillage »

Le secteur de l'éolien offshore peine à sortir de l'ornière

« Si le Danemark a relancé son appel d'offre en assouplissant ses critères, et l'Allemagne compte en faire autant d'ici l'été prochain, la situation reste inquiétante. En réalité, c'est tout le secteur éolien offshore qui peine à relever la tête et retrouver des perspectives financières sereines, après plusieurs années grevées par d'importantes hausses de prix des matières premières et un manque de stabilité des politiques gouvernementales. L'évolution du montant des concessions des projets allemands en est la preuve. Alors que le gouvernement avait récolté 12 milliards d'euros en 2023 grâce à 7 GW de projets, elle n'a obtenu que 180 millions d'euros de la part de TotalEnergies pour le projet N-9.4 et son gigawatt de puissance.

Toujours en Europe, le projet écossais Hornsea 4 a récemment été annulé par Orsted par manque de rentabilité. En France, l'appel d'offres concernant le futur parc éolien en mer d'Oléron ne bouscule pas les foules, puisqu'un seul candidat semble prêt à déposer une offre. »

PIEBÎEM : cf notre fil d'actu du 6 août lien  Allemagne : zero ! réponse au dernier appel d'offre éolien offshore . France : Oléron 2 retiré de l' appel d'offre AO9 ( et Oléron1 en grandes difficultés) et approx. 3,7 milliards d'euros d'aide d'Etat pour Bretagne sud 2. Royaume-Uni : augmentation des tarifs plafonds des appels d'offre : 129,5€/MWh pour le posé, 310€/MWh pour le flottant. Pays-Bas : recul de 40% de l'éolien en mer et mise en place de subventions pour que les appels d'offres ne soient plus improductifs

Et la conclusion : la PPE3 doit inclure un moratoire sur tous les projets éoliens en mer non débutés