La zone éolienne Bretagne sud, la hauteur des éoliennes et la localisation : PIEBÎEM répond à Pennavel

27/01/2026

Face à l'opposition montante des élus et du « peuple du littoral » au projet de zone éolienne Bretagne sud, Pennavel a tenté une réponse minimale dans Ouest France lien dénonçant une opposition systématique à l'éolien en mer, minimisant l'augmentation de la hauteur des éoliennes et ses responsabilités et celles de l'Etat et ignorant l'opposition à la zone d'implantation exprimée dès le début. PIEBÎEM lui répond : 1) Une dynamique d'opposition systématique ? Non, une approche rationnelle et soutenable économiquement et socialement du mix énergétique ; 2) La hauteur des éoliennes a considérablement augmenté (de 240 à 340 mètres) et c'est un choix de Pennavel contraire à la parole de l'Etat lors du débat public ; 3) Une zone d'implantation qui n'a jamais fait consensus, définie en contradiction avec le débat public.

1) Une dynamique d'opposition systématique ? Non, une approche rationnelle et soutenable économiquement et socialement du mix énergétique

Jerome Hilt (Pennavel) : « Le contexte, national et international, de scepticisme vis-à-vis des énergies renouvelables, trouve un débouché concret avec l'opposition au projet Bretagne Sud, alimentée par une dynamique d'opposition systématique à tout projet éolien en mer à l'échelle du pays. » lien

Piebîem : En effet, le contexte national et international a radicalement changé. Le programme éolien en mer correspondait à des choix politiques heureusement dépassés (la fermeture de 14 centrales nucléaires dans le cadre de la PPE2 ); il était basé sur une estimation maximaliste de la demande électrique qui ne se vérifie pas, bien au contraire. Dans sa contribution à la PPE3 l'Académie des Sciences écrit : « Avec des besoins en électricité de 508 TWh en 2035, aucune capacité supplémentaire de production électrique ne serait alors nécessaire, la production actuelle étant suffisante. Pourquoi, alors, envisager 200 TWh d'énergies renouvelables supplémentaire ? ». L'éolien marin est au plus haut point concerné par cet avertissement du Haut-commissaire à l'Energie Atomique : « les moyens renouvelables actuellement mis en service et, pire, ceux programmés dans la prochaine décennie, seront très largement contraints de ne pas produire. Chaque actif nouvellement installé sera quasi échoué dès son inauguration ». Nous ne pouvons pas nous le permettre, et surtout pour des projets aux coûts extravagants, technologiquement immatures, aux forts risques de coûts échoués et spécialement agresseurs de paysages, du patrimoine,, de la biodiversité et des fonds marins comme Bretagne sud. (cf notre cahier d'acter sur l'évolution du réseau-SDDR PJ lien 

2) La hauteur des éoliennes a considérablement augmenté (de 260 à 340 mètres) et c'est un choix de Pennavel contraire à la parole de l'Etat lors du débat public

Jerome Hilt (Pennavel) : La hauteur des éoliennes inquiète. Leur taille et leur nombre ont évolué depuis 2024 ? : « Les fourchettes évoquées (jusqu'à environ 340 m en bout de pale) correspondent à des scénarios maximaux étudiés dans le cadre du permis enveloppe, pas à un choix acté. De manière générale, si les éoliennes modernes sont hautes, c'est pour optimiser la production d'énergie… Il s'agit d'un arbitrage, à production d'énergie équivalente, entre nombre d'éoliennes et hauteur des machines. Aucune décision technique n'est arrêtée à ce stade : la taille définitive des éoliennes sera définie à l'issue des études, à l'horizon 2028-2029 » lien

Piebîem : « Lucie Trulla, DREAL Bretagne précise qu'il y aura entre 15 et 20 éoliennes, et que les photomontages présentés prenaient une hypothèse maximisante, avec 20 éoliennes d'une hauteur de 260 mètres en bout de pale, et une turbine positionnée à 142 mètres de hauteur. Compte-Rendu de la réunion publique d'information et d'échanges Erdeven, 27 juin 2023, : lien .

L'Etat a donc menti lors du débat public en parlant d'une hypothèse maximisante de 260 mètres en bout de pales !!! alors qu'on parle aujourd'hui à coup sûr de plus de 300 mètres de haut, peut-être 340.

Ceci résulte d'un choix de Pennavel lors de l'appel d'offre de se limiter à treize éoliennes (le nombre maximal d'éolienne faisait partie des critères permettant de gagner des points). Ce choix a d'ailleurs été sévèrement critiqué lors de l'attribution de AO5 et des appels éoliens flottants en Méditerranée par la CRE qui a exprimé de sérieux doutes, parlant de développeurs « n'escomptant pas de freins technologiques pour poursuivre la montée en puissance des machines » et justifiant leur choix par « des études internes considérant que l'augmentation de la puissance et des dimensions des turbines se poursuivra linéairement sans limite technologique. » La CRE a d'ailleurs appelé à supprimer ce critère du nombre maximal d'éoliennes, rappelant que « la mise en concurrence des candidats sur le critère du nombre maximal d'éoliennes n'apparait pas souhaitable » parce que ce critère est « susceptible d'engendrer des comportements risqués des candidats ». lien; lien 

En tout état de cause, les élus et les habitants du littoral se trouvent face à une augmentation importante de la hauteur des éoliennes et donc des dommages paysagers, patrimoniaux et environnementaux résultant d'un choix économique ( ?) de Pennavel contraire aux assertions de l'Etat lors du débat public ! Ce projet doit donc être annulé !

3) Une zone d'implantation qui n'a jamais fait consensus, définie en contradiction avec le débat public

Jerome Hilt (Pennavel) : « La zone d'implantation, à 19 km de Belle-Île, est, elle aussi, critiquée. Y a-t-il encore des possibilités pour la modifier ? La zone d'implantation a été définie par l'État en 2021 à l'issue du débat public et avant l'appel d'offres. Nous agissons donc dans le cadre légal défini par l'État. Il faut néanmoins noter que plus on s'éloigne, plus le coût de l'énergie produite risque d'augmenter (raccordement, perte en ligne, maintenance). Cette zone ne peut pas être déplacée par le porteur de projet » lien

Piebîem : Si la zone définie par l'Etat a été publiée à l'issue du débat public, il faut surtout dire qu'elle l'a été en contradiction avec les conclusions du débat public.

« La CPDP a constaté l'impossibilité d'aboutir en l'état à une zone consensuelle de projet d'une taille suffisante pour l'accueil des deux parcs éoliens » Lien . En effet, entre le rejet par une grande majorité du public des zones les plus proches de Groix, Belle-Île-en-Mer et de la presqu'île de Quiberon, la préférence des promoteurs pour une zone « centre ouest » et leur refus de considérer des fonds rocheux qui renchérirait l'ancrage ; la préférence des pêcheurs bretons pour une zone à cheval sur la zone territoriale et la zone économique exclusive ; la préférences des pêcheurs ligériens pour une autre zone complétement incompatible, c'est assez difficile !

« Le projet s'est révélé clivant. Si le principe de l'éolien en mer suscite des controverses classiques, l'absence de consensus sur sa localisation a été l'enseignement majeur de ce débat public. » lien 

Malgré cette absence de consensus, malgré de l'ordre de 70% des réponses carrément négatives ou exprimant de fortes réticences à ce projet de zone éolienne industrielle Bretagne sud, le 21 mai 2021 au Journal officiel. Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, imposait la "zone ministre" que nous connaissons aujourd'hui.

La presse titrait sur l'"impossible compromis", les associations ont dénoncé une un simulacre de concertation et même la FNE Bretagne et la FNE Pays de Loire, pourtant très favorables à l'éolien en mer ont manifesté leur mécontentement : « La zone aujourd'hui choisie par le gouvernement était ressortie à l'occasion du débat public comme une zone à absolument éviter. C'est en tous cas la façon dont s'étaient exprimés les avis des pêcheurs, des énergéticiens, du grand public, de l'Office Français de la Biodiversité et des associations de protection de la nature et des sites. C'est pourquoi nous ne comprenons pas comment l'État valide ses choix, ou plutôt, comment nos politiques tentent d'acheter les bénéficiaires de la «taxe éoliennes» malgré eux »

Donc, oui, on peut comprendre la colère des élus locaux : Stéphanie Doyen maire de Saint-Pierre Quiberon « l'absence de concertation : c'est humiliant pour les territoires », Philippe Le Ray : Je conteste la méthode parce que nous n'avons jamais été associés à rien du tout », lien 

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