Migralion : Des oiseaux et environ 500 éoliennes de plus de 250 mètres de haut, qu‘est-ce qui pourrait mal se passer ?

11/12/2025

Le programme Migralion dans le Golfe du lion montre un flot migratoire plus massif qu'attendu et des zones éoliennes en mer très mal positionnées sur les zones de migration ou d'occupation préférentielles des oiseaux, des éoliennes mal conçues meurtrières pour les petits comme pour les grands oiseaux, et des futurs champs d'éoliennes sur le chemin de ces oiseaux migrateurs alors que la plupart de ces espèces sont déjà dans des tendances démographiques préoccupantes et une injonction d'Eviter les dommages sur la biodiversité aviaire complétement hypocrite. La conclusion : Migralion vient trop tard et confirme des dommages importants futurs sur l'avifaune

 Notre conclusion : moratoire sur l'éolien en mer en façade NAMO en attendant notamment les résultats de Migratlane, l'équivalent de Migralion pour la façade Manche / Atlantique. 

1 ) Un flot migratoire plus massif qu'attendu et des zones éoliennes en mer très mal positionnées ; 2) Des éoliennes tout simplement meurtrières pour les petits comme pour les grands oiseaux ; 3) Les réactions des chercheurs: ces futurs champs d'éoliennes sont sur le chemin de ces oiseaux migrateurs alors que la plupart de ces espèces sont déjà dans des tendances démographiques préoccupantes ; 5) Quand la LPO commence à prendre enfin parti : des projets engagés au mépris du principe de précaution et inquiétudes en Atlantique Est, l'un des couloirs de migration les plus importants au monde pour l'avifaune

Le programme Migralion, dirigé par l'Office français de la biodiversité (OFB), a livré ses premières conclusions après quatre années de collecte de données sur les flux migratoires aviaires dans le Golfe du Lion, zone stratégique en Méditerranée. Ce secteur maritime accueille déjà un parc pilote de trois éoliennes flottantes, avec 19 unités supplémentaires planifiées à l'horizon 2031 dans le cadre du développement de l'éolien en mer en France. Le projet d'éoliennes flottantes en Méditerranée, c'est deux zones, l'une en face de Fos-sur-Mer, la seconde au large de Port-la-nouvelle, chacune de 250 MW en 2031, puis 500 mégawatts en 2035. Il est ensuite question de passer de 4 gigawatts à 7,5 gigawatts de puissance à l'horizon 2050, soit environ 500 mâts culminant à plus de de 250 mètres de hauteur pour une emprise en mer de 400 km² à 1500 km², placées entre 15 et 60 km des côtes.

1) Un flot migratoire plus massif qu'attendu et des zones éoliennes en mer très mal positionnées.

Le but du programme Migralion vise à répondre à un manque important de connaissances sur la présence et les comportements des oiseaux et de la faune volante dans le Golfe du Lion, les zones de passage en mer privilégiées par les oiseaux migrateurs terrestres et les zones de présence des oiseaux marins zones d'alimentation de repos etc.

Si l'on connaît les couloirs des migrations des plus grosses espèces, soit parce que leur passage dans le ciel est visible aux mêmes périodes de l'année, soit parce que leurs aires de repos lors de leur voyage de nourrissage et d'hivernage sont bien cartographiées, il n'en est pas de même pour les plus petits oiseaux (la moitié des espèces d'oiseaux sont des passereaux), et certaines régions sont très mal connues, dont notamment les voies maritimes empruntées

La première surprise a été l'intensité des migrations : en moyenne 8000 à 10000 oiseaux s'engagent en mer chaque jour par kilomètre de côte en période de migration.

Beaucoup d'incertitudes restent. Certaines espèces de migrateurs terrestres, comme les passereaux dont on sait qu'ils survolent mers et océans pendant leurs migrations, sont particulièrement difficiles à étudier en raison de leur petite taille et de leurs déplacements migratoires principalement nocturnes. Quant aux oiseaux marins, si les espèces présentes dans le golfe du Lion sont bien connues, leurs périodes et zones de présence en mer restaient, jusqu'à récemment, peu documentées.

Et conclusion, très modérée de l'OFB : Migralion montre certains recouvrements entre des zones de migration ou d'occupation préférentielles des oiseaux et les parcs éoliens implantés et en projet. Les cahiers de charges des parcs commerciaux attribués et à venir obligent notamment les porteurs des projets à mobiliser l'ensemble des résultats de Migralion pour concevoir, évaluer et limiter l'impact de leurs projets sur l'avifaune.

2)Des éoliennes tout simplement meurtrières pour les petits comme pour les grands oiseaux

L'étude établit que les grands oiseaux comme les petits oiseaux migrateurs volent fréquemment dans les tranches d'altitude des pales des parcs éoliens prévus.

Plus généralement, "les données spatialisées de hauteur de vol des oiseaux de grande taille, qu'ils soient migrateurs ou marins, montrent un risque d'interactions directes (collision) ou indirectes (évitement) probables avec les projets en cours de développement".

L'OFB s'inquiète particulièrement de la période du printemps, quand les oiseaux remontent vers le Nord et qu'ils volent en grande partie à moins de 500 mètres d'altitude : "si la traversée ne peut être accomplie en une seule nuit, les individus se retrouveraient alors à très basse altitude en journée, prolongeant leur vol à hauteur de pâle des éoliennes ». lien NB : ce qui est en cause, c'est entre autre la faible garde au sol des éoliennes et le gigantisme et la vitesse des pales

3) Les réactions des chercheurs et de la LPO : ces futurs champs d'éoliennes sont sur le chemin de ces oiseaux migrateurs alors que la plupart de ces espèces sont déjà dans des tendances démographiques préoccupantes.

Jean-Jacques Bert, Président de l'institut de recherche de la Tour du Valat (Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes), constate :

« Jusqu'à présent le comportement des oiseaux migrateurs était une boîte noire : on a appris par exemple que ce ne sont pas les mêmes zones fréquentées en montant ou descendant vers nos côtes et oui ces futurs champs d'éoliennes sont sur le chemin de ces oiseaux migrateurs alors que la plupart de ces espèces sont déjà dans des tendances démographiques préoccupantes… Ces espèces perdent en moyenne 2% de leur population chaque année, c'est énorme, et c'est la situation avant que ces oiseaux ne trouvent des obstacles en Méditerranée et on ne parle là que de la partie Golfe du Lion. Or l'éolien va s'installer sur toutes les façades maritimes. Nous et d'autres avions alerté sur les toutes premières éoliennes en PACA… nous avions émis un avis défavorable comme le CNRS sur l'enquête publique »

Cédric Marteau (directeur général de la protection de la nature à la LPO) : ERC,  cela n'évite rien du tout.

« Cette étude montre bien que les oiseaux voleront bien au niveau des pales des éoliennes et que les parcs pressentis sont bien au cœur de la migration des oiseaux ». Et il rappelle ce qu'il faut bien appeler l'hypocrisie de la séquence ERC pour les zones éoliennes en mer : « En mer, la difficulté c'est que c'est l'Etat qui définit la zone ; celle-ci est définie dans une grande patate et en parallèle l'Etat impose un cahier des charges, une patate à l'intérieur de laquelle le porteur de projet doit décider où il veut implanter son projet et c'est cela que l'on appelle évitement : cela n'évite rien du tout ! lien 

4) Des questions abordées qui doivent encore être approfondies…

Les oiseaux migrateurs terrestres tels que les passereaux, échassiers, limicoles ou rapaces vivent pour l'essentiel à terre, mais peuvent passer en mer lors de leurs migrations d'automne, vers leurs sites d'hivernage en Afrique ou en Espagne, et de printemps, vers leurs sites de nidification dans toute l'Europe.

Une grande partie de cette migration s'effectue de nuit et est donc difficilement observable, et à des altitudes mal connues. Les oiseaux marins, dont par exemple les espèces de puffins et sternes présentes en Méditerranée, restent très mal connues : quelles zones sont fréquentées et utilisées par ces espèces pour se nourrir, se déplacer, se reposer ?

Les chauves-souris sont des mammifères terrestres mais qui se déplacent aussi en mer ; leur rythme de vie essentiellement nocturne rend la connaissance de leurs trajets difficile.

Migralion vient trop tard et confirme des dommages importants futurs sur l'avifaune. Notre conclusion : moratoire sur l'éolien en mer en façade NAMO attendant notamment les résultats de Migratlane, l'équivalent de Migralion pour la façade Manche / Atlantique. D'autant que nous n'avons nul besoin d'éolien en mer ou d'ENR électriques fatales intermittentes, ni climatiquement, ni électriquement : Cf lien  :lien  :lien ; lien 

5) Quand la LPO commence à prendre enfin parti : des projets engagés au mépris du principe de précaution et inquiétudes en Atlantique Est, l'un des couloirs de migration les plus importants au monde pour l'avifaune

Réaction de la LPO à l'étude Migralion : Les conclusions de MIGRALION confirment la précipitation avec laquelle certains projets éoliens commerciaux sont engagés par l'État, au mépris du principe de précaution. Alors qu'une étude similaire, MIGRATLANE, est toujours en cours pour les façades Atlantique, Manche et Mer du Nord de l'Hexagone, Emmanuel Macron a ainsi répété ce 4 novembre aux assises de l'économie de la mer à la Rochelle sa volonté d'y simplifier le déploiement de l'éolien en mer. Cette portion de notre littoral se trouve pourtant sur la voie Atlantique Est, l'un des couloirs de migration les plus importants au monde pour l'avifaune, et protégé par l'Accord international sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique-Eurasie (AEWA).

Autres signes d'excès de vitesse : les travaux du Groupe de travail sur les effets cumulés des projets d'énergies marines renouvelables sur l'environnement marin (ECUME) n'ont pas encore été publiés, ni les retours d'expérience des parcs flottants pilotes (Gruissan, Leucate, Faramans) lien 

Et pour Bretagne sud ?