Peuples des dunes et militants contre l’éolien en mer, même combat ?
Certains estiment que le combat du Peuple des dunes contre l'extraction de granulats marins à Erdeven et le combat contre la zone éolienne Bretagne sud n'ont rien à voir, nous pensons qu'ils ont tort. La Stratégie Mer Littoral de 2025 fait pression pour une extension de l'extraction de granulats marins et la construction du programme éolien en mer aura un effet important sur la demande de granulats marins dont l'ordre de grandeur peut être estimé entre une augmentation d'un tiers et un doublement. L'éolien en mer n'a rien d'écologique, bien au contraire et sauver Erdeven des dégâts de l'extraction de granulats pour le laisser dévaster par la zone éolienne industrielle Bretagne sud n'a aucun sens !
Certains anciens responsables du Peuple des dunes, qui avait fédéré la lutte victorieuse contre les extractions de sable au large d'Erdeven en 2007, ont souhaité se distancier du combat actuel contre la zone éolienne Bretagne sud en précisant que « le Peuple des Dunes n'a rien à voir avec la lutte contre les éoliennes » et que « l 'installation d'éoliennes flottantes en Bretagne Sud n'entre pas dans l'objet social du Peuple des dunes, qui a pour seule vocation la problématique des extractions de granulats marins et de leurs répercussions sur le recul du trait de côte » lien. Pourtant...
1) Stratégie nationale mer littoral 2025 : à fond pour relancer l'extraction des granulats marins !
La Stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) a pour but de proposer une approche globale et coordonnée de l'ensemble des politiques publiques s'appliquant aux espaces maritimes et littoraux, dans le but d'en assurer une gestion intégrée, tant en termes d'activités que de protection. Et justement, et curieusement en terme d'activités, la SNML déterminée en 2025 consacre un large chapitre au problème des granulats qui témoigne d'une très forte préoccupation en ce domaine, dans le sens de faciliter et d'amplifier leur exploitation. Parmi les mesures préconisées : 1) Assurer la sécurité d'approvisionnements durables en granulats marins des territoires littoraux de métropole et ultramarins par une meilleure connaissance des gisements, par une planification adaptée et par la facilitation des dessertes - ; 2) Consolider, rendre publique et pérenniser la banque nationale des données géologiques du sous-sol en mer, afin de favoriser la connaissance scientifique partagée et l'identification de nouveaux gisements exploitables de granulats marins ; 3) Assurer l'autonomie en granulats marins pour des sous-régions marines exposées à un risque d'approvisionnement, via la conduite de nouvelles campagnes de prospections géologiques, tenant compte de la sensibilité des écosystèmes marins par ailleurs, financées par les pouvoirs publics. 4) Préserver l'accès aux gisements de granulats marins et garantir des voies de navigation directes entre les concessions et leurs ports de déchargement par le biais d'une planification spatiale cohérente avec la conciliation des usages.
Tiens donc, et si ça avait à voir avec le programme éolien en mer de 45 GW ?
2) La construction massive d'éoliennes offshore provoquera une forte pression pour l' intensification de l'extraction de granulats marins
Les fondations des éoliennes offshore (gravitaires ou monopieux) nécessitent d'importantes quantités de granulats (sable, graviers) pour stabiliser les fondations (remblais, ballastage), protéger les câbles sous-marins (enrochement), créer des digues ou brise-lames autour des parcs. Pour les fondations massives (par exemple fondations gravitaires en béton), les volumes de béton par turbine peuvent être très élevés (plusieurs centaines de m³ par fondation)
Dans un projet concret comme Fécamp (France), qui utilise des fondations gravitaires en béton, un ordre de grandeur réaliste pour les fondations gravitaires est de ~1 700 m³ de béton par turbine en mer ; avec 71 fondations c'est 122 000 m³ de béton structurel au total. Le béton est composé typiquement de ~60-75 % en volume de granulats (sable + gravier).
Pour mémoire, la production annuelle en France est actuellement de ~350-400 Mt de granulats produits par an, qui sont majoritairement terrestres, dont ~5-7 Mt/an de granulats marins. Ceci reflète le fait que pour des travaux à terre, l'intérêt d'aller chercher des granulats marins est faible ; en revanche, pour des projets offshores, les granulats provenant d'extractions marines (sable et gravier) seront préférés. La construction massive d'éoliennes offshore provoquera donc une forte pression pour l'intensification de l'extraction de granulats marins afin de se rapprocher des zones de construction et réduire les transports.
Une forte augmentation due à l'éolien en mer pourrait représenter un pourcentage significatif de la production disponible, notamment dans les zones où l'infrastructure d'extraction est limitée ; et surtout pour les granulats marins. Peut-on essayer d'être plus précis ?
3) un ordre de grandeur entre 30% d'augmentation et un doublement
Voici le calcul que propose Mistral en sourçant ses références : La France vise 45 GW d'éolien en mer d'ici 2050, ce qui correspond à environ 3 000 éoliennes de 15 MW (puissance moyenne des futures éoliennes en mer). Si on retient une moyenne de 1 000 tonnes de béton par éolienne (pour couvrir les différents types de fondations), cela représente 3 millions de tonnes de béton par GW installé (soit 1,5 million de m³). Pour 45 GW, cela donnerait 135 millions de tonnes de béton sur la période, soit 4,5 millions de tonnes par an (en supposant un déploiement étalé sur 30 ans). Le béton est composé à environ 70 % de granulats (sable et graviers). Ainsi, 135 millions de tonnes de béton nécessiteraient environ 95 millions de tonnes de granulats sur la période, soit 3,2 millions de tonnes par an en moyenne.
La France extrait actuellement 350 millions de tonnes de granulats par an, dont 7 millions de tonnes de granulats marins Le programme éolien en mer représenterait donc une augmentation d'environ 1 % de la production nationale annuelle de granulats, mais une hausse significative (30 à 50 %) de la production de granulats marins
Voici le calcul que propose GROK : Si 50-70 % des 45 GW sont en posé et le reste flottant (quasi 0 granulats pour fondations), la demande moyenne estimée est de 0,5 à 1 million de m³ par GW posé (incluant béton + protections). Pour 45 GW donc, 10 à 30 millions de m³ de granulats marins sur la période 2025-2050 (soit une moyenne annuelle de 0,4 à 1,2 million de m³/an pendant ~25 ans de déploiement intensif). Production actuelle de granulats marins en France : environ 6,5 millions de tonnes/an (2021, dont ~95 % siliceux), soit 3,5 à 4 millions de m³/an (densité moyenne ~1,6-1,8 t/m³). En résumé, l'effet net sera une augmentation modérée à significative de la demande en granulats marins (de l'ordre de +10-30 % par rapport à aujourd'hui sur la période), concentrée sur les façades Nord et Ouest
NB : je ne comprends pas ce calcul de GROK qui me semble ignorer les immenses socles en béton des éoliennes flottantes … si elles voient le jour
A partir de données RTE : Un parc de 500 MW (typique) peut nécessiter 1 à 3 millions de tonnes de granulats, selon la profondeur et le type (source : étude RTE 2022 pour la France). Pour 45 GW, c'est donc 90 à 270 millions de tonnes de granulat marins sur la période 2025-2050 soit 3,6 à 10,8 millions de tonnes par ans soit entre 40 et 120% d'augmentation de l'extraction de granulats marins
Il est à peu près vain d'aller au-dela tant les données dépendent de technologies encore évolutives , ce qui est à retenir est un ordre de grandeur entre 30% et 100% d'augmentation de l'extraction de granulat marin.
Alors, grâce au Peuple des Dunes, cela ne se fera peut-être pas à Erdeven, mais peut-on rester indifférent face à un tel gâchis pour un mode de production dont nous n'avons nul besoin ?
A-t-on sauvé Erdeven de l'extraction de granulat et de ses effets pour le remplacer par les nuisances paysagères, patrimoniales, sur les vagues, sur la biodiversité de l'éolien en mer ?
NB : Pour rappel l'éolien en mer n'est pas écologique : il exige 10 à 20 fois plus de béton par MWH produit que le nucléaire, et pour les besoins en métaux et matériaux critiques, qui entrainent de nouvelles dépendances, c'est tout simplement incommensurable !





