Réunion dite de « concertation » sur Pennavel (zone éolienne Bretagne Sud) (Lorient 7 janvier 25) : PIEBîEM dénonce un Pennavel sans réponse aux questions légitimes, un Etat sourd aux réalités techniques et économiques 

12/01/2025

Réunion dite de « concertation » sur Pennavel (zone éolienne Bretagne Sud) (Lorient 7 janvier 25) : PIEBîEM dénonce un Pennavel sans réponse aux questions légitimes, un Etat sourd aux réalités techniques et économiques et aveugle à l'éléphant dans la pièce, la stagnation de la demande électrique. PIEBîEM demande un moratoire immédiat sur le raccordement de Pennavel et le programme éolien en mer.

1)Difficultés économiques, choix technologiques, processus d'appel d'offre de la CRE contesté par elle-même : Pennavel en mauvaise voie malgré ses dénégations : qui paiera les pots cassés ? ; 2) Beaucoup de questions sans réponses satisfaisantes du consortium Pennavel : problèmes spécifiques de l'éolien flottant sur l'environnement (agression des fonds marins, coraux et maërl) vibration et bruits en fonctionnement), défis technologiques et économiques non résolus ; 3) Beaucoup de questions importantes n'ont pu être traitées : 3a) atterrage de Bretagne sud et compatibilité avec les sites mégalithiques ; 3b) Sécurité maritime : risques de catastrophes maritimes (accidents et pollutions- marées noires) et problématiques de défense nationale ; 3c) Promesses fallacieuses d'emploi local : incompatibilité avec la politique européenne de la concurrence ; 4) Bretagne sud : atteinte à l'image de la Bretagne et ses conséquences économiques et sur la patrimoine immatériel 5) L'éléphant dans la pièce : la stagnation de la demande électrique et l'inutilité de l'éolien en mer.

PIEBÎEM entend insister particulièrement sur ce point (l'éléphant dans la pièce), dont nous exigeons qu'il ne soit pas exclu du débat : la stagnation de la demande électrique, actuellement et dans les années qui viennent, bien en-dessous des dernières projections de RTE, constatée par nombre d'acteurs de la consultation sur la Programmation de Politique Energétique rend inutile et même nuisible le programme éolien en mer. C'est pourquoi PIEBÎEM réitère sa demande d'un moratoire sur l'ensemble des projets éolien en mer, et, dans le cas de Pennavel, un moratoire immédiat sur les travaux de raccordements.

1) Pennavel en mauvaise voie malgré ses dénégations : qui paiera les pots cassés ?

La réunion dite de « concertation » sur le projet Pennavel ( 30-50 éoliennes d'environ 300 métres de haut entre Belle-île, Groix Quiberon) organisée à Lorient le mardi 7 janvier, comme les précédentes, n' a pas permis de véritable débat, mais a cependant souligné les inquiétudes sur le projet - et surtout pour les contribuables français et breton qui seront appelés à payer les pots cassés : fragilité financière de BayWa r.e., un processus de sélection fortement critique par la CRE ( Commission de Regulation de l'Energie) conduisant notamment à des tarifs de rachat surprenamment bas au regard des données étrangères et mis en cause par le lobby éolien européen ( Wind Europe) lui- même, des choix techniques aventureux, des hypothèses de rentabilité économiques fantaisistes, l'ignorance des problématiques environnementales et conflit d'usage spécifiquement liées à l'éolien flottant ( raclement des fonds, vibrations) et à la taille des éoliennes etc. (cf notre tract).

Si le projet s'arrêtait (ce qui n'est pas du tout exclu) ou pire, s'il se poursuivait dans des conditions économiques désastreuses, compte-tenu notamment de l'absence d'augmentation de la consommation électrique à moyen terme (cf. ci-dessous) et des surproductions éoliennes existantes en Europe (objectivées par des épisodes de production à valeurs négatives), la note à payer par les contribuables serait catastrophique !

Soulignons enfin que si BayWa r.e a candidaté pour la suite de A05 (AO9), son partenaire Elicio lui a faussé compagnie pour proposer une offre avec Q Energy et Kansai electric et, dans un domaine où le consortium est la règle pour limiter les risques, BayWa r.e repart seul. Loin d'être en argument en sa faveur, c'est plutôt comme s'il sentait le soufre…

2) Beaucoup de questions sans réponses satisfaisantes du consortium

2a) Environnement : L'absence de véritable débat n' a pas permis de répondre aux arguments controuvés de Pennavel sur l'environnement : prétendue surprise à l'évocation du problème de l'agressivité de l'ancrage vis-à-vis des fonds marins et notamment des coraux des mers froides et du maërl ; évocation d'un effet récif favorable alors que beaucoup d'études montrent une recolonisation par des espèces invasives ; effet du bruit en fonctionnement généré par les vibrations des structures flottantes ; effet attractif lumineux pour les oiseaux ; effet du cumul des zones industrielles éoliennes le long de la côte atlantique constituant une véritable barrière de migrations ; effet de piège écologique ( sur ces questions cf notamment la note que nous diffusons à partir de la publication de M. LLoret)

Sur toutes ces questions, un point nous semble évident : nous nous lancerions dans la première zone industrielle flottante du monde sans disposer d'aucun recul sur les effets environnementaux de l'éolien flottant et du type d'aérogénérateur qu'il nécessite. Nous rappelons aussi que des organisations comme Sea-Shepherd considèrent qu'il s'agit « d'une menace imminente d'une ampleur telle qu'elle hypothèque l'avenir de la vie marine côtière »et qu'il n'existe évidemment aucun retour d'expérience sur l'effet environnemental des éoliennes a) flottantes, b) de tailles aussi inusitées .

Dans ces conditions un principe environnemental s'impose ; le principe de précaution. Il suppose un moratoire sur Pennavel en attendant le résultat d'études scientifiques indispensables

Enfin présenter SETEC (chargé de l'étude environnementale comme un organisme indépendant alors que son activité est fortement liée à celle des promoteurs éoliens est pour le moins contestable. A Saint-Brieuc, où SETEC a été en charge de l'enquête environnementale, ce sont 59 dérogations espèces protégées qui ont finalement été accordées… En Bretagne sud, cela risque d'être beaucoup plus !

Et lorsque nous apprenons que Pennavel générera 500.000 euros de subvention pour l'Office Français de la Biodiversité (OFB) par an (« sous réserve que le projet tienne ses promesses ») alors que celui-ci joue un rôle majeur dans les évaluations environnementales, cela nous parait un conflit d'intérêt totalement inacceptable.

2b) Technoéconomie : nous avons aussi eu droit sans avoir la possibilité d'y répondre à l'argument fallacieux de la consommation électrique de 1,3 millions d'habitants et de 14% de la consommation régionale et à une absence de réponse, et pour cause, sur l'impact climatique des zones éoliennes en mer et de Pennavel en particulier ; dans le contexte français actuel, lorsque la production éolienne se substitue au nucléaire, l'impact climatique est significativement négatif.

La réponse apportée par Pennavel sur la puissance des éoliennes n'est pas non plus satisfaisante : nous maintenons qu'actuellement il n'existe aucune éolienne de 20MW et que même en posé, on ne sait pas faire les éoliennes au-dessus de 12 MW- plusieurs projets américains ont dû être annulés ou reportés pour cette raison et les difficultés de GE Vernova avec l'Haliade X en témoignent. Quant au prototype de Siemens Gamesa de 20MW sur lequel on ne connait rien, nous rappelons seulement que Siemens-Gamesa est connu pour la plus belle gamelle du secteur - une recapitalisation par l'Etat allemand de 15 milliards d'euros en 2023, précisément en raison principalement de problèmes sur ses éoliennes.

Quant aux comparaisons internationales (230€/MWh pour l'éolien flottant au Royaume-Uni, jusqu'à 280 €/MWh aux USA, 185€/MWh en Italie…), la différence n'est pas due qu'au raccordement (pris en charge par l'Etat en France, un cas unique en Europe depuis que la Suède l'a aboli) et une forme de subvention sur laquelle il faudra s'interroger. L'explication par la congestion du réseau au Royaume-Uni est quelque peu paradoxale car la raison en est que le Royaume-Uni est « en avance » sur nous dans la proportion d'énergies fatales intermittentes dans son mix électrique et l'augmentation régulière du TURPE ( Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Electricité) montre que si la France suit la même voie, elle aboutira au même résultat.

3) Beaucoup de questions importantes n'ont pu être traitées

3a) Atterrage de Bretagne sud et compatibilité avec les sites mégalithiques : Elles concernent notamment l'atterragede la zone éolienne Bretagne sud d'autant que RTEva déposer dans les prochains jours les demandes d'autorisation pour les travaux de raccordement. Rappelons que la zone d'atterrage se situe en plein le champ mégalithique d'Erdeven ; même des techniques considérées comme peu invasives ( forage horizontal) ne sont pas sans danger pour des menhirs fragiles dont certains tombent naturellement. Et il reste les surprises de ce qui sera trouvé sous l'eau : l'archéologie préventive devra intervenir et pouvoir travailler selon sa mission.

Il est d'autant plus absurde d'en arriver là que la SNCF, après quelques hésitations, vient de confirmer la pérennité et la modernisation de la liaison ferroviaire vers Quiberon (le Tire-Bouchon). Ceci remet donc au jour la possibilité de faire passer l'atterrage le long de cette voie avec des perturbations et des risques bien moindres pour RTE. Au-delà se pose la question de la covisibilité de nombreux sites mégalithiques (au surplus en voie de classement Unesco). Imagine-t-on Versailles en covisibilité avec des éoliennes et raccordement passant dans le parc ?

3b) Sécurité maritime : Cette question revêt au moins deux aspects : les risques de catastrophes maritimes (accidents et pollutions- marées noires) et les problématiques de défense nationale.

Le retour annoncé des accidents et des marées noires : Tempête Darragh (2024) : une barge folle traverse la Manche, un pétrolier en dérive à proximité de Saint-Brieuc ; Tempête Eunice : février 2022 : un pétrolier et un cargo dans une zone éolienne néerlandaise ; Tempête Malik (Janvier 22) : un vraquier percute des éoliennes néerlandais. Tempête après tempête, avec l'industrialisation à marche forcée du littoral par l'industrie éolienne, la question n'est plus de savoir si de nouvelles catastrophes et marées noires, dont nous avions réussi à nous débarrasser, réapparaitront, mais quand. Pennavel, ce projet absurde qui cumule les inconvénients du flottant et du posé, et en fait tout l'éolien en mer français proche des côtes présente de ce point de vue une dangerosité maximale qui doit requestionner l'opportunité même du projet. Lien https://piebiem.webnode.fr/l/tempetes-darragh-malik-eunice-ciaran-et-zones-industrielles-eoliennes-on-n-industrialise-pas-impunement-le-littoral/

On conçoit que dans ces conditions, l'annonce que Pennavel (« sous réserve que le projet tienne ses promesses ») versera 250000 euros par an à la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) apparait comme un geste d'un rare cynisme.

L'autre aspect est lié aux problématiques de défense nationale et bien illustré par l'abandon par la Suède de pas moins de treize zones en mer Baltique en raison de la gêne apportée à la détection radar d'intrusions aériennes, marines ou sous-marines. Une problématique analogue se pose en France avec la ceinture atlantique de parcs prévus, au surplus à proximité des côtes, à la fois dans une problématique d'intrusion hostile (et les coupures non accidentelles de câbles qui se généralisent doivent nous alerter) , mais aussi de la détection de trafics illicites. Quelles solutions y apporter et pour quels couts ? :lien 

Sont également à considérer les accidents des éoliennes, comme les ruptures de pales qui se sont produites à Dogger Bank et surtout à Nantucket, avec ses conséquences sur la pollution des plages et les activités marines dans un des sites touristiques majeurs de la côte atlantique des USA, et une configuration assez similaire à celles des côtes bretonnes. Lien 

3c) Promesses fallacieuses d'emploi local : incompatibilité avec la politique européenne de la concurrence

Tous les projets éoliens, et Pennavel n'y manque pas, prétendent se battre pour imposer un contenu local dans les appels d'offre, et c'est même un élément mis en avant dans sa communication auprès des élus locaux et des habitants impactés. Sauf qu' il n'existe aucun moyen de favoriser un contenu local au niveau des appels d'offres et donc du choix des opérateurs : la Commission Européenne, absolument attachée au respect des règles de l'OMC s'y oppose résolument, a attaqué Taïwan justement sur la problématique de l'éolien en mer et cela a encore été rappelé dans le cadre des discussions sur le Net Zero Initiative Act Européen (NZIA) qui ne changera rien à ce sujet. Le lobby éolien européen s'y oppose aussi d'ailleurs et argumente… que le risque est de freiner l'éolien en mer, en compliquant le recours aux technologies « étrangères » ( entendre chinoises). lien

Au surplus les récentes difficultés de GE Vernova avec des licenciements massifs dans ses usines de Montoir et de Nantes montrent la fragilité de tels engagements dans un secteur de plus en plus difficile pour les fabricants occidentaux. Ceci incite à questionner sérieusement les promesses de Pennavel. 

4) Bretagne sud : atteinte à l'image de la Bretagne et ses conséquences économiques et sur la patrimoine immatériel

Enfin les conséquences de ces projets sur l'identité marine de la Bretagne reste un sujet largement ignoré et prudemment non traité, avec ses conséquences économiques sur l'attractivité de la région, le tourisme, l'immobilier et le patrimoine immatériel, l'image même de la région.

Morbihan signifie Petite Mer, pas grande zone industrielle éolienne. Les aiguilles de Port Coton sur un fonds de rideau d'éoliennes géantes constituent une atteinte au patrimoine immatériel qu'on peut juger bien supérieure à celle de trois éoliennes se détachant sur un paysage décrit par Proust (et pourtant, ce parc éolien terrestre a été annulé par le Conseil d'Etat pour atteinte au patrimoine immatériel). Les croisières pour visiter les dauphins actuellement très présents dans la zone et qui la fuiront ne seront pas remplacées par des visites de la zone éolienne. Les très nombreuses entreprises qui utilisent à juste titre l'image marine de la Bretagne en subiront les conséquences : Groix et Nature, ce n'est pas Groix et éoliennes…

Cela aussi doit devenir un élément du débat

Enfin, certains ont réclamé à juste titre la remise à jour des photomontages et illustrations compteètenu d l'augmentation de hauteur des éoliennes et de leurs espacement

5) L'éléphant dans la pièce : la stagnation de la demande électrique et l'inutilité de l'éolien en mer

Mais le Préfet l'a martelé : l'heure n'est plus à la remise en cause du projet d'autant que RTE va déposer dans les prochains jours les demandes d'autorisation pour les travaux de raccordement.

C'est ignorer l'éléphant dans la pièce que constitue la stagnation de la demande électrique soulignée par nombre d'associations et d'institution (dont l'Académie des Sciences) dans la consultation sur la Programmation Energétique (PPE3).

« Avec des besoins en électricité de 508 TWh en 2035, aucune capacité supplémentaire de production électrique ne serait alors nécessaire, la production actuelle étant suffisante ! Pourquoi, alors, envisager 200 TWh d'énergies renouvelables (EnR) supplémentaires ? » (Acad Sci, cahier d'acteur 37)

Une situation qu'avec bien d'autres PIEBîEM ne cesse de dénoncer : les très importants objectifs ENR ne sont pas cohérents avec une consommation qui a régressé et mettra du temps à croître dans les années à venir eu égard à la situation économique et financière du pays.

Cette situation est donc porteuse d'un risque majeur d'investissements très coûteux et inutiles, au premier plan dans l'éolien en mer.

Nous mettons en garde contre un véritable cercle fatal qui existe déjà en Allemagne et se met en place en France. Les surproductions fatales intermittentes se font de plus en plus à perte, des pertes qui doivent être compensées par les consommateurs ; ceci entraine un renchérissement du prix de l'électricité, une baisse de la demande et le départ des industries consommatrice, qui augmentent encore les périodes de production à perte…. C'est le cercle fatal de la désindustrialisation du pays, d'un prix de l'énergie insupportable économiquement et socialement, de l'appauvrissement.

Dans la situation du pays, nous ne pouvons nous permettre ces investissements massifs inutiles environ 120 milliards d'euros pour les 18GW éolien en mer d'ici 2035). PIEBîEM s'interroge sur un Etat semble-t-il sourd à la rationalité et technique et économiques mais sensible aux arguments fallacieux du lobby éolien.

La progression attendue de la demande électrique n'est pas au rendez-vous ainsi que la DGEC elle- même le reconnait (lien et ne le sera pas dans un avenir proche. Ceci, ainsi que l'explosion des surproductions éoliennes en Europe du Nord et les épisodes de valeur négative de plus en plus nombreux, remettent radicalement en cause l'utilité de l'éolien en mer en France et son équation économique.Nous n'acceptons pas que ces évidences nouvelles soient évacuées du débat.

C'est pourquoi PIEBÎEM réitère sa demande d'un moratoire sur l'ensemble des projets éolien en mer, et, dans le cas de Pennavel, un moratoire immédiat sur les travaux de raccordements.

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