Taxe éolienne : la valse indécente des milliards

04/06/2026

PIEBÎEM publie sur le sujet de la taxe éolienne une version un peu plus longue d' un texte qui a fait l'objet d'une tribune dans Ouest-France du 4 juin 2026. lien Taxe éolienne : la valse indécente des milliards lien  et fichier en PJ. 1) Une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu ; 2) Une taxe éolienne qui n'est pas un cadeau des promoteurs mais des contribuables et à la répartition très problématique ; 3) Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné !- L'argent de la honte éolienne

1) Une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu

Les éoliennes géantes de l'AO10 n'ont pas encore transformé nos paysages littoraux et îliens de Bretagne en zone industrielle que déjà certains élus locaux se battent de manière indécente pour récupérer une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu. Une série d'articles de la presse locale consacrée à la taxe éolienne et à sa répartition résume un spectacle peu édifiant.

2) Une taxe éolienne qui n'est pas un cadeau des promoteurs mais des contribuables et à la répartition très problématique

Nous rappelons tout abord que la taxe éolienne n'est pas un acte de générosité des promoteurs éoliens, mais qu'elle trouve son origine…dans la poche des consommateurs d'électricité, particuliers, artisans, industriels ; et qu'accordée par décret, elle peut aussi être supprimée par décret.

La taxe éolienne peut représenter jusqu'à 10% du budget de certaines communes – actuellement celles en vue des éoliennes de façon si stricte que, par exemple, pour Bretagne sud, elle ne sera versée qu'aux communes de Bangor et de Sauzon : même l'île de Groix, même mes communes de Quiberon, en très forte visibilité n'en profiteraient pas. Pour l'ensemble des parcs bretons, elle pourrait générer 3 milliards d'euros sur 25 ans, une somme bien inférieure aux 6 milliards d'aides publiques accordées au seul parc éolien de Bretagne sud.

Alors, les esprits s'échauffent. Certains édiles se voient traités de princes monégasques et refusent toute modification de la taxe éolienne ; certains de leurs collègues les menacent alors de les priver de subventions régionales ; pour Saint-Nazaire, on avait vu d'homériques bagarres entre édiles locaux sur la prise en considération- ou pas- des résidences secondaires… Et, par la voix de Loïg Chesney-Girard, la Région réclame sa part du « gâteau » : les finances sont exsangues (merci de cet aveu !) et il va falloir investir massivement dans les ports pour qu'ils puissent accueillir les installations nécessaires à l'éolien flottant.

Sur ce sujet des ports, les élus feraient bien de lire soigneusement le rapport de la Cour des Comptes de 2025 sur Eole, le projet d'aménagement du port de Saint-Nazaire pour l'éolien flottant : elle y parle d'un pari français sur l'éolien flottant qui parait particulièrement ambitieux pour une filière avec de fortes incertitudes techniques, de rentabilité qui ne saurait reposer que sur les subventions publiques et de de forts risques de coûts échoués. Lien 

Là-dessus vient se greffer le débat sur l'attribution de la taxe éolienne au-delà des 12 milles, pour l'instant attribué à l'Etat. Le Préfet de Bretagne M. Robine s'est dit favorable à une réforme rapide. Lien https://www.letelegramme.fr/bretagne/maintenir-cette-fiscalite-cest-prendre-le-risque-de-creer-de-petits-monaco-le-maire-de-morlaix-jean-paul-vermot-veut-un-meilleur-partage-des-retombees-de-leolien-en-mer-7035626.php M. Jimmy Pahun, désormais acquis sans réserve au projet éolien de Bretagne sud s'y est essayé et s'est attiré cette réponse du ministre Lescure, guère pressé d'ouvrir cette boite de Pandore : « Monsieur Pahun, il faut faire attention, parce que ces taxes sont des vases communicants et qu'il y aura donc, si vous voulez en modifier la répartition, des négociations compliquées entre ceux qui les touchent et ceux qui ne les touchent pas. Cette question se posera et sera négociée au-delà de 2030 ». Bon courage !

3) Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné !

Ces élus drogués à la taxe éolienne sont -ils sourds, n'entendent-t-ils pas monter la protestation de tous ceux qui veulent protéger ce patrimoine qui nous avons reçu et que nous voulons léguer, ce patrimoine qui parfois est le seul patrimoine de ceux qui n'en ont pas d'autres : « Nos paysages ne sont pas à vendre ! »

Ils n'entendent pas leurs collègues de la Communauté de Commune de Belle-Île : « L'œil nu peut facilement imaginer l'impact de ces parcs d'éoliennes. Nous n'accepterons jamais l'inimaginable » ; les élus de la majorité du Conseil Départemental : « le projet transformerait durablement des panoramas parmi les plus remarquables de France. L'atteinte à l'image du territoire, fondée sur la qualité exceptionnelle de ses paysages littoraux, serait considérable. Le tourisme, compétence de droit du département, ne manquerait pas d'être impacté » ; Philippe Le Ray, Président d'AQTA : « On est attaché à la beauté de notre territoire : on leur parle de ça, et ils nous répondent indemnisation et mètre carré. Aujourd'hui, on dit clairement, les éoliennes, on n'en veut pas » ?

Ils n'entendent pas plus ce que disent les experts du Comité Energie de l'Académie des Sciences qui affirment que nous n'avons pas besoin d'ici 2035 de productions électriques supplémentaires, surtout ENR, de l'Académie des Technologies et de la CRE ( Commission de Régulation de l Energie) qui appellent à déprioriser l'éolien en mer, particulièrement flottant, de RTE qui chiffre à au moins 47 milliards le raccordement électrique de l'éolien en mer et propose un scenario réaliste de décarbonation avec une forte réduction des objectifs éolien en mer ( jusqu'à 7GW en 2035 au lieu de 18 dans le plan éolien en mer) ?

Une taxe avouent certains qui « sert à acheter la paix face à l'impopularité des projets ». C' est pas gagné !

Les élus gagneront l'impopularité que mérite l'indécence de leurs luttes pour se disputer l'argent de la honte éolienne, l'argent des paysages dévastés, du patrimoine défiguré (les mégalithes classés Unesco !), des oiseaux et des cétacés massacrés, des fonds rocheux, avec leurs coraux, leurs bancs de maërl, leurs herbiers de zostère, leurs zones de nourriceries uniques massacrés, de la pêche artisanale disparue. 

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