Atterrage de Bretagne sud à Erdeven et modification du PLU : c’est non !

20/12/2025

Pour l'atterrage de Bretagne sud, RTE demande le déclassement d'espaces boisés protégés sur les communes d'Erdeven, de Plouharnel, de Ploemel et de Locoal Mendon et de Brec'h via une modification des PLU concernés. De nombreuses contributions défavorables ont été déposées sur le site de la consultation publique. Emmanuelle Vigier (membre, de 2006 à 2024, du Comité scientifique international pour le classement au patrimoine mondial des paysages mégalithiques du Sud-Morbihan) rappelle les problèmes liés au site mégalithique d'Erdeven classé Unesco : « Nous devrions considérer cette zone comme un sanctuaire et alléger toutes les infrastructures plutôt qu'en ajouter de nouvelles… Laissons ces vestiges reposer en paix » ; PIEBÎEM rappelle que le raccordement se situe, de l'aveu même de RTE, sur une côte sensible du Morbihan et appelle à respecter les enjeux de biodiversité : non au déclassement d'espaces protégés !

1) Emmanuelle Vigier : Nous devrions considérer cette zone comme un sanctuaire et alléger toutes les infrastructures plutôt qu'en ajouter de nouvelles. »

Emmanuelle Vigier, ex-membre, de 2006 à 2024, du Comité scientifique international pour le classement au patrimoine mondial des paysages mégalithiques du sud-Morbihan, a fait, dans sa contribution, plusieurs remarques en lien avec les architectures néolithiques :

« Rappelons que la forêt d'Erdeven constitue l'écrin paysager protecteur du plus grand alignement de menhirs au monde : 2.3 kms entre Kerzerho et Bovelann. Plus grand que ceux de Carnac ! Ce n'est pas pour rien que cette forêt est partie constituante de la zone cœur labellisée « Patrimoine mondial ». Cette zone relève d'une « Valeur Universelle et Exceptionnelle » au sens de l'Unesco. C'est un territoire consacré par les Préhistoriques. Certes, comme le souligne le rapport, une ligne électrique passe déjà dans ce secteur. Mais il y a toute une différence entre une petite ligne aérienne avec des poteaux en bois légers de quelques dizaines de centimètres de diamètre, se faufilant discrètement dans la forêt, et éventrer la terre en de larges et profondes tranchées, sur des kilomètres, pour y faire passer des câbles de 225 000 Volts. Ce n'est pas pour rien, ni par erreur, que le tracé même de la ligne électrique avait tout de même été intégré dans les EBC jusque-là.

Rappelons aussi que toute cette zone constitue un seuil hydrographique névralgique que les polymathes du 19e siècle (Société Polymathique du Morbihan) dénommaient « la région des grands lacs » : étangs d'Er Varquez, Varquez Rongal, Varquez er Mor…. Ils constituent les sources de tous les principaux affluents du secteur, reliés soit à la rivière de Crac'h, soit à la ria d'Etel, soit à la baie de Quiberon, soit directement reliés à l'Océan Atlantique. Nous devrions considérer cette zone comme un sanctuaire et alléger toutes les infrastructures plutôt qu'en ajouter de nouvelles. »

Laissons ces vestiges reposer en paix !..Plus généralement, Emmanuelle Vigier rappelle également la problématique du passage de trois lignes de 225000 volts à travers le champs mégalithique d'Erdeven :

« Plutôt que de passer le long du tracé de la ligne ferroviaire du tire-bouchon, comme cela avait été envisagé au départ, le tracé des câbles actuellement prévu passe sur des sites mégalithiques, notamment :

a/ en plein dans le tertre de Beg er Lann (Plouharnel, Crucuno, section B, parcelle 443), un monument de 65 m de long, 45 m de large et 1.20 m de hauteur, découvert et déclaré au Service Régional d'Archéologie de Bretagne (DRAC) en 2022. Son numéro à la carte archéologique nationale est : 56 168 0035.

b/ en plein dans l'alignement funéraire de Bovelann, en continuum et à l'extrémité orientale des grands alignements d'Erdeven. Il est connu depuis le 19e siècle. Classement Unesco (N° Site Unesco : 55).

c/ en plein ou dans les abords immédiats des Alignement d'Er Lannec (Erdeven), classé Unesco (N° Site Unesco : 54).

d/ en plein ou dans les abords immédiats des Alignement de Lann er Grannec (Ploemel), classé Unesco (N° Site Unesco : 67).

e/ aux abords (à quelques centaines de mètres) du quadrilatère de Crucuno (Plouharnel) et du dolmen de Mane Groh (Erdeven), tous deux également dans la zone cœur Unesco.

f/ en plein dans les dunes de Kerhillio, classées « Grand site de France ». Ces dunes ont commencé à se constituer à la fin du Néolithique il y a 4000 ans ; elles recouvrent des occupations néolithiques, gauloises et romaines, comme en témoignent les dizaines de milliers d'artefacts conservés au musée de Carnac.

Laissons donc ces vestiges reposer en paix ! Kerhillio fait partie intégrante des « Dunes sauvages de Gâvres à Quiberon », les plus grandes dunes de Bretagne ! Toutes classées « Grand Site de France », ce n'est pas pour rien ! Comment pourra-t-on encore les considérer comme « sauvages » avec des câbles de 225 000 Volts et un horizon industriel lardé d'éoliennes de 380 m de haut ! »

2) PIEBÎEM : le raccordement est sur une côte sensible du Morbihan : non au déclassement d'espaces protégés

De l'aveu même de RTE, recueilli lors de l'enquête environnementale sur le raccordement de la zone éolienne Bretagne Sud (mi-2025) « la zone en mer qui a été décidée bien avant le débat public par la région, les pêcheurs et les autorités défense a pour conséquence d'orienter le raccordement sur une côte sensible du Morbihan-. L'ensemble du littoral concerné est reconnu par la DGEC comme un « paysage de très forte valeur » avec de forts enjeux patrimoniaux (menhirs d'Erdeven et découvertes éventuelles),de biodiversité marine (maërl, zostère, laminaire) et d'espèces végétales.

Le cas des EBC (Espace boisés classés) a été évoqué lors de la Concertation Fontaine du 12 avril 2023, ainsi que cela figure au compte-rendu : « Concernant le milieu naturel, on observe de nombreux boisements très découpés et morcelés complétés de quelques prairies aux abords des cours d'eau, des zones humides recensées sur la quasi-totalité de l'aire d'étude, des milieux naturels riches, localisés au niveau de la côte sur le massif dunaire de Gâvres à Quiberon et de ses zones humides associées, et dans une moindre mesure, aux abords du ruisseau de Tréavec et de l'étang de Crannic sur les communes de Landaul et Brech. Ces milieux naturels sont protégés par des inventaires ZNIEFF, des sites Natura 2000 et OSPAR ainsi que par la trame verte et bleue au travers des documents d'urbanisme et par les Espaces Naturels Sensibles du Département. »

« Concernant le projet de raccordement, le Département souhaite attirer l'attention sur deux points. Le département sera vigilant à ce que le projet ne porte pas atteinte aux espaces naturels sensibles (ENS)… »

RTE reconnait donc que devront être déclassées, dans l'ensemble des communes concernées (Erdeven, Plouharnel, Ploemel, Locoal-Mendon, Brec'h, Pluvigner un nombre significatif de parcelles boisées dont le classement en Espace Boisé Classé ne peut être mis en cause par aucune argutie, espaces boisés qui ont fait l'objet d'une mention particulière lors de la Concertation Fontaine et semble-t-il de préoccupations particulières du Département,

Alors que RTE s'est engagé à réaliser tous les inventaires nécessaires en termes de faune, flore en particulier sur les espèces et habitats protégés, PIEBÎEM est surpris de ne voir dans cette demande de déclassement d'Espaces Boisés Protégés aucune mention des enjeux possibles de protection de la biodiversité, par exemple et de façon non limitative, sur les amphibiens et les chiroptères… En l'absence de ces informations importantes, PIEBÎEM appelle à rejeter la demande de RTE de modification du PLU et de déclassement d'Espaces Boisés Protégés.

PIEBîEM rappelle son opposition à cet atterrage et, plus généralement au projet de zone industrielle éolienne Bretagne sud qui cumule les inconvénients de l'éolien flottant (coûts extravagants, #310€/MWh, absence de maturité technique, agression de fonds marins exceptionnels par les ancrages et les câbles dynamiques) et ceux de l'éolien posé proche des côtes (maximisation des atteintes paysagères et patrimoniales, des atteintes à la vie marine littorale, des conflits d'usage avec la pêche artisanale côtière, le tourisme, la nautisme, et le cadre de vie des habitants. Et ceci pour un programme éolien en mer sans intérêt climatique dans le contexte français de surproduction durable d'électricité déjà décarbonée, et avec un coût considérable. Par conséquent, PIEBÎEM affirme son opposition à la demande de déclassement d'espaces boisés protégés par le biais de modification des PLU présenté par RTE.