Débat public sur l’évolution du réseau électrique (2): l’éolien en mer s’est invité et la Bretagne se mobilise

16/01/2026

Du 4 septembre 2025 au 14 janvier 2026, la Commission nationale du débat public a organisé un débat sur le réseau électrique de demain et le Schéma décennal de développement du réseau. Ce débat est important concernant un investissement de 100 milliards d'euros pour les dix prochaines années dont 37 milliards pour le seul raccordement de l'éolien en mer (auquel il faut rajouter 10 à 15 milliards d'adaptation du réseau terrestre). Le fabricant de câbles Prysmains parle de 2 500 km de nouvelles lignes en mer en courant continu et 1000 km en courant alternatif .Aussi l'éolien en mer s'est-il invité au débat. 

PIEBÎEM a publié un cahier d'acteur – le seul concernant le raccordement de Bretagne sud Lien  lien  mais d'autres associations se sont mobilisées, particulièrement sur la façade maritime bretonne pour dénoncer les coûts de raccordement et les externalités négatives de l'éolien en mer et demander un moratoire. 1) DLM (Défense de la mer ) : l'éolien en mer un fardeau inutile ! Evaluer les coûts ; 2) Enviro Veritas & Nemo : Abandon de Bretagne Nord-Ouest (BNO), moratoire national sur l'éolien flottant ; 3) Collectif Horizon Dégagé : abandon du projet BNO, moratoire sur l'éolien en mer ; 4) Cérémé (Cercle d'Étude Réalités Écologiques et Mix Énergétique) : insincérité des coûts de raccordement de l'éolien en mer, chiffrer un scénario sans éolien en mer ; 5) Surfrider Fondation Europe : La maritimisation du réseau ne doit pas se faire n'importe comment, ni à n'importe quel prix. Extraits significatifs :

1) DLM (Défense de la mer ) : l'éolien en mer un fardeau inutile ! Evaluer les coûts lien 

L'éolien en mer : un fardeau inutile : « L'éolien terrestre ayant été inconsidérément développé en France avec une dizaine de milliers de machines dans les territoires ruraux, on peut en mesurer maintenant l'impact sur les populations et la santé animale, sur les paysages et le patrimoine, sur le réseau. L'idée a donc prévalu d'implanter ces éoliennes en mer, là où il était considéré que cela ne gênerait personne d'une part, et que les vents y sont plus soutenus, d'autre part

Sauf qu'en mer, toute modification de la biodiversité est irréparable parce que l'environnement sous-marin est non résilient, à cause des espèces invasives et opportunistes. On ne doit pas jouer avec la biodiversité dans la mer, d'autant plus que la mer c'est quand même la première ressource alimentaire de l'humanité Et puis, il y a les usages, et notamment les pêcheurs qu'on exproprie de leur zone de travail. Tout cela a été présenté, expliqué, analysé lors de la conférence-débat que nous avons organisé avec RETM sur « éolien en mer, quel avenir pour le monde maritime ? »

Les priorités d'investissements de RTE : Mais ce qui nous a le plus interpellé, c'est la prévision d'investissements publiés par RTE récemment qui prévoient encore 47,3 Mds€ sur ~100 Mds€, rien que pour le raccordement de l'éolien en mer à l'horizon 2040 : près de 50% de l'investissement total pour quelque % de la production électrique nationale (aujourd'hui )

Y a-t-il eu une évaluation en coût complet de l'éolien en mer, y compris les coûts de raccordements et d'adaptation du réseau ? Et tout particulièrement, quels sont les coûts de raccordement de l'éolien en mer, dans le contexte actuel de régression en Europe ? Quel éolien en mer envisage-t-on : - du posé à proximité des côtes (12-25 km), mais mal accepté par les populations ? - Du flottant à 50 km des côtes, avec un prix de raccordement en conséquence, ou comme devant Belle-Ile ou Morlaix à 15-30km ?

Conclusion de DLM : DLM, membre de RETM, considère que la politique énergétique française doit mieux viser à réduire la part énergétique carbonée, et non se focaliser sur l'électricité déjà décarbonée à plus de 95%. DLM se prononce avant tout sur l'éolien en mer, qui progresse à coups de subventions dans une connaissance insuffisante ou volontairement cachée de ses impacts et de ses coûts. Néanmoins, DLM observe les effets sur le réseau des centrales solaires et éoliennes françaises et européennes dont les surproductions de mi-journée obligent à « couper » les centrales éoliennes en mer. DLM émet d'expresses réserves sur les choix explicites ou implicites de ce SDDR, et recommande de ne pas anticiper les raccordements éoliens en mer avant l'éventuelle réalisation des centrales elles-mêmes comme à Courseulles. Cela évitera des coûts échoués, inadmissibles vu la situation financière de la France. DLM est témoin depuis 15 ans des errements, fausses informations, prévisions surévaluées, coûts sous-évalués, conditions contractuelles non rigoureuses, absence de contrôle des réalisations et des coûts, du 1er appel d'offres éolien en mer, et spécifiquement de la centrale éolienne en mer de St Nazaire (Parc du Banc de Guérande). C'est pourquoi DLM recommande de reconsidérer les hypothèses de ce SDDR, face aux incertitudes, et compte-tenu de la réserve importante de capacité et de production électrique pour les 15 prochaines années lien  l

2) Enviro Veritas & Nemo : Abandon de Bretagne Nord-Ouest (BNO), moratoire national sur l'éolien flottant lien 

Enviro Veritas & Nemo alertent RTE et les décideurs publics sur le coût particulièrement élevé des raccordements liés au programme d'éolien en mer, estimé à plus de 47 milliards d'euros à l'échelle nationale. Au-delà de son ampleur financière, ce programme comporte un risque majeur de coûts échoués. La stagnation durable de la demande d'électricité remet en cause des investissements fondés sur des hypothèses désormais dépassées, héritées d'une PPE reposant sur la fermeture programmée de 14 réacteurs nucléaires. Dans ce contexte, l'éolien en mer est directement concerné par l'alerte du Haut Commissaire à l'énergie atomique, qui souligne que de nombreux moyens renouvelables, déjà installés ou programmés, seront contraints à l'effacement dès leur mise en service, transformant chaque nouvel actif en investissement quasi inutile. Les échecs répétés des appels d'offres éoliens en mer en Europe confirment cette perte de viabilité économique, à mesure que les coûts réels et complets sont enfin pris en compte. S'agissant du projet Bretagne Nord-Ouest, ENVIRO VERITAS et NEMO dénoncent un cumul de risques : recours à l'éolien flottant, coûts de raccordement excessifs et impacts significatifs sur l'environnement et le patrimoine. Ils demandent en conséquence un abandon immédiat de ce projet local et des raccordements associés, ainsi qu'un moratoire national sur l'éolien flottant »

Stabilité du réseau électrique : Une variation courante de la vitesse du vent de 10 à 15 km/h pourrait entraîner, pour le seul parc BNO, une fluctuation de puissance proche de 1 000 MW. Une telle amplitude fait peser un risque significatif de déséquilibre, voire de black-out, dans une région en situation de péninsule électrique. À l'inverse, en période de faible consommation et de forte production, RTE identifie un risque de saturation des lignes 225 kV et 400 kV, lié à des exportations massives vers le réseau national. Il est par ailleurs établi que les EnRI génèrent des surtensions locales difficiles à maîtriser. Un incident majeur pourrait ainsi contraindre le réseau national à compenser brutalement un déficit de plusieurs milliers de MW. Cette vulnérabilité est renforcée par le fait que les principales installations bretonnes — éolien offshore, BNO et centrale de Landivisiau — sont raccordées à la même ligne 225 kV, dont le renforcement n'est pas prévu dans le Schéma décennal de développement du réseau (SDDR).

Coûts de l'éolien flottant : En matière de coût, les seules références concernent l'éolien offshore posé, très présent en Mer du nord. En France, nous avons le parc de Saint-Brieuc exploité par Iberdrola. Le prix garanti à Iberdrola est de 196 € / MWh. Pour aboutir au coût complet, il faut ajouter :  les coûts de raccordement pris finalement en charge par RTE ; les coûts de compensation : électricité payée non produite parce qu'il n'y a pas de consommation ;  la participation aux coûts dus à l'intermittence ; les coûts d'adaptation du réseau , les coûts induits par la modulation du nucléaire ; les coûts d'installation de batteries et de centrales à gaz.  Le coût complet est probablement de l'ordre de 250 €. …Il n'existe pas de parcs éoliens flottants significatifs et l'estimation du coût de BNO ne peut être qu'approximative.

Externalités environnementales négatives de BNO ! Loin d'être une énergie "propre", l'éolien en mer génère en effet des pollutions massives, en commençant par la prolifération de cables sous-marins et la construction de sousstation avec ancrages statique. Et plus généralement on recense les terres rares et les résines époxy contenant BPA et PFAS ("polluants éternels" en voie d'interdiction) qui contaminent eau et sols, causant perturbations endocriniennes, cancers et neurotoxicité. Il s'y ajoute les fibres de verre/carbone, aimants au néodyme/cuivre, huiles diélectriques, et anodes libérant aluminium, zinc, indium, plomb, cadmium. Chaque éolienne consomme 600-1200 l d'huiles toxiques avec fuites chroniques amplifiées par corrosion et maintenance. Ces matériaux s'érodent en continu, polluant air, eau, sols et chaîne alimentaire, bioaccumulant dans huîtres, moules et algues, menaçant ostréicultures et pêche locale. La construction produit un bruit intense (>200 dB) qui blesse les mammifères marins. En exploitation, infrasons et bruits continus perturbent communication acoustique, navigation et chasse, modifiant les routes migratoires, les oiseaux sont hachés par des pales à 300 km/h, et le tout fragilise la biodiversité côtière. Ces externalités – pollutions structurelles, déchets ingérables, impacts écosystémiques – imposent des coûts sociétaux élevés…

3) Collectif Horizon Dégagé : abandon du projet Bretagne Nord Ouest ( BNO), moratoire sur l'éolien en mer lien 

Le Collectif Horizon Dégagé alerte RTE et les pouvoirs publics sur le coût exceptionnellement élevé des raccordements liés au développement de l'éolien en mer, estimé à plus de 47 milliards d'euros au niveau national. Au-delà de l'enjeu financier, ces investissements font peser un risque important de coûts échoués. La stagnation durable de la demande d'électricité invalide des hypothèses issues d'une PPE désormais obsolète, fondée sur la fermeture massive de réacteurs nucléaires…. Concernant le projet Bretagne Nord-Ouest (BNO), le collectif dénonce la combinaison de l'éolien flottant, de coûts de raccordement disproportionnés et d'impacts environnementaux et patrimoniaux majeurs. Il demande l'abandon du projet BNO et un moratoire national sur l'éolien en mer.

Coût excessif du projet BNO : Le projet BNO cumule des facteurs de surcoût : grande profondeur, conditions météorologiques difficiles, proximité de la côte et recours à l'éolien flottant. Cette technologie implique des plateformes complexes, des sous-stations offshore lourdes et des raccordements particulièrement onéreux… À l'horizon d'une dizaine d'années, le coût complet de BNO pourrait difficilement descendre sous les 300 €/MWh, soit plusieurs fois celui du nucléaire. Une transparence complète sur ces coûts est indispensable pour évaluer l'impact réel pour la collectivité

Externalités économiques négatives : La zone BNO pénaliserait fortement la pêche artisanale, la navigation, le port de Roscoff et le tourisme. Une surface maritime d'environ 250 km² deviendrait inaccessible ou dégradée pour les activités halieutiques. La présence d'un vaste champ d'éoliennes à proximité immédiate du port de Roscoff compromettrait le développement des ferries, réduirait l'attractivité du port de plaisance et fragiliserait l'économie locale, sans compensation équitable. La dégradation du paysage et les contraintes sur les usages maritimes auraient un impact durable sur l'attractivité touristique et l'emploi régional

Conclusion Le Collectif Horizon Dégagé réaffirme son opposition au projet éolien offshore flottant BNO, qu'il juge inutile, coûteux et destructeur pour l'environnement et les équilibres économiques locaux. Ce projet fragilise la sécurité électrique bretonne, alourdit les coûts du système et souffre d'un manque de transparence et d'études d'impact indépendantes et préalables. Sa construction, son exploitation, sa résistance aux intempéries extrêmes, son démantèlement y compris celui des cables sous marins et sous-station, paraissent lourds de dangers, non maîtrisés et relever d'une technologie immature. Le collectif appelle à : • l'abandon immédiat du projet BNO au nom du principe de précaution, •un moratoire sur l'éolien en mer et à donner la priorité à des solutions plus sobres et efficaces, telles que la géothermie de surface et l'isolation des bâtiments, seules à même de décarboner globalement et de renforcer durablement la souveraineté énergétique, chiffrer un scenario sans éolien en mer

4) Cérémé (Cercle d'Étude Réalités Écologiques et Mix Énergétique) : insincérité des coûts de raccordement de l'éolien en mer, chiffrer un scénario sans éolien en mer. lien 

Le Cérémé ne souscrit pas aux « piliers stratégiques » tels qu'annoncés… Il ne faut pas surdimensionner le réseau, mais le calibrer au plus juste au regard des moyens financiers limités dont dispose notre pays, quitte à distinguer trois catégories d'investissements : les « vraiment nécessaires », les « utiles », et les autres.

Le Cérémé demande que soit présentée la réalité des coûts de raccordement de chaque source, en fourchette, en particulier pour l'éolien en mer. Il n'est pas indifférent que le coût de raccordement de l'éolien en mer ait doublé, passant de 15-20 €/ MWh à 30-40 €/MWh. Cette indication (relevée par la CRE) manque au dossier présenté au public et pourrait être qualifiée d'insincérité.

Le Cérémé demande que soit exposées les alternatives les plus sérieuses et leur chiffrage, que nous rappelons ci- dessous : - alternative sans éolien en mer - alternative avec réduction de l'éolien terrestre et du solaire - alternative avec étalement de certains sous-programmes lourds - politique forte de sobriété et d'efficacité énergétique

5) Surfrider Fondation Europe : La maritimisation du réseau ne doit pas se faire n'importe comment, ni à n'importe quel prix. Lien 

Eviter les impacts en mer : L'installation de câbles électriques en mer nécessite des études de terrain et des travaux qui peuvent avoir des impacts sur l'environnement marin. Surfrider insiste sur le fait que les bonnes pratiques devraient être harmonisées à l'échelle européenne au niveau des pratiques les plus exigeantes environnementalement parlant, notamment en termes de bruits sous-marins. A son échelle, RTE pouvant être amené à collaborer avec différents pays européens dans le cadre des interconnexions, il doit adopter les pratiques des pays qui sont les plus exigeantes en termes d'environnement, même en France. Par exemple, si l'Espagne a une règlementation nationale plus exigeante que celles de la France sur les protocoles de suivis en milieu marin, RTE doit adopter ces normes, même en France, et surtout dans les chantiers qui sont communs à le France et à l'Espagne (et idéalement dans tous les autres chantiers).

Les câbles électriques bien qu'ayant une faible emprise au sol, peuvent avoir des impacts plus ou moins fort sur les fonds océaniques. Surfrider demande la plus grande vigilance sur les milieux traversés, l'évitement sans concession des zones rocheuses, des habitats et espèces protégés et sensibles (herbiers marins, hermelles, banc de maerl…)

Eviter les impacts sur le littoral : Les câbles électriques sont présents sur le littoral, soit pour les atterrages des câbles en mer, soit pour certaines activités qui ont lieu sur le littoral, notamment en zone portuaire. Dans le cas des atterrages, Surfrider souligne l'importance d'éviter les espaces naturels et protégés comme zone d'atterrage, pour privilégier les espaces déjà artificialisés comme les parkings. Une attention forte doit être portée à la renaturation des sites. Surfrider encourage RTE à investir dans la renaturation des littoraux à l'occasion des travaux d'atterrage qui seront réalisés. Plusieurs techniques d'atterrage existent : Surfrider encourage à privilégier les techniques en sous œuvre, moins impactantes pour les milieux littoraux. Le sable alors excavé peut-être idéalement utilisé pour réensabler les plages à proximité si celles-ci sont en érosion chronique, et si la qualité du sable le permet. Les travaux d'atterrage sont des travaux d'ampleur industrielle. Surfrider insiste sur le besoin de communication et de transparence à l'occasion des travaux, tant sur les calendriers que sur les suivis environnementaux et les mesures qui sont prises pour limiter les impacts… Concernant les travaux directement en milieu littoral, Surfrider insiste sur la nécessité de préserver les espaces naturels qui le sont encore, et notamment les zones humides et les prés salés sur lesquels Surfrider considère qu'aucun impact n'est acceptable. Ces écosystèmes sont de précieux alliés pour s'adapter au changement climatique et sont de véritables réserves de biodiversité. Les impacter ajoute une pression de plus sur ces milieux littoraux déjà largement maltraités par le phénomène de « littoralisation ». Dans tous les cas de figure, il est important de vérifier que les nouveaux ouvrages ou aménagements ne viennent pas perturber les dynamiques géomorphologiques.

Conclusion : Surfrider attire l'attention de RTE sur la nécessité de faire preuve de sobriété quant au développement du réseau électrique, notamment en mer et sur le littoral. En aucun cas l'Océan ne doit être considéré comme un nouvel espace à conquérir : peu de câbles du réseau électrique très haute tension sont aujourd'hui marins, et l'Océan n'est pas un nouvel eldorado faute d'espace à terre. Notamment, Surfrider restera vigilant sur l'impact de ces infrastructures sur les milieux littoraux et marins pour ne pas aggraver l'artificialisation du littoral ou créer de nouveaux enjeux à protéger du recul du trait de côte ou de l'élévation du niveau de la mer