Erdeven- : des fouilles prétexte dans le périmètre Unesco pour accélérer le projet de zone éolienne Bretagne sud ?

03/10/2025

RTE veut faire passer les câbles d'atterrage de la zone éolienne en mer Bretagne sud, si celle-ci toutefois voit le jour, à travers le périmètre classé Unesco des mégalithes d'Erdeven ! L'Inrap, en toute discrétion, vient de débuter une campagne de fouilles préventives. PIEBÎEM considère que de simples fouilles préventives ordinaires réalisées dans la précipitation sont en fait un véritable scandale pour ce site exceptionnel classé Unesco ; que ce site doit être préservé pour de véritables fouilles archéologiques dans l'état de l'art, avec les techniques les plus modernes. C'est simple : RTE ne doit pas passer par là ! 1) Un site exceptionnel mérite d'être traité de façon exceptionnelle ; 2) Ce site d'Erdeven doit rester préservé et bénéficier de vraies fouilles archéologiques ; 3) Le patrimoine matériel et immatériel de la Bretagne doit être respecté : RTE ne doit pas passer par là !

1) Un site exceptionnel mérite d'être traité de façon exceptionnelle

L'INRAP, missionné par RTE, vient de débuter en catimini des fouilles préventives à Erdeven sur le trajet de la future connexion de RTE pour l'atterrage de la zone éolienne Bretagne-Sud, si toutefois celle-ci voit le jour.

Il s'agit de faire passer par forage dirigé (forage horizontal effectué sous haute pression en utilisant des fluides de forages injectés pour ameublir le sol) trois câbles de 225000 volts. Le tracé passerait, à l'est de l'enceinte et du dolmen de Crucuno (Plouharnel) et de celui Mané Groh (Erdeven), dans une zone boisée et humide au fort potentiel archéologique, comprenant déjà les tumulus de Bovelann, reconnus et inscrits sur la liste Unesco et par les dunes de Kerhillio, une zone également connue pour son intérêt scientifique, si l'on en croit les recherches passées et la quantité des collections du musée de Carnac en provenant.

Nous avons expliqué que, à PIEBÎEM, nous sommes inquiets des conditions dans lesquelles l'archéologie préventive pourrait intervenir, dans un calendrier serré, avec des enjeux aussi délicats, complexes et importants. D'autant que l'archéologie préventive connaît d'importante difficultés et qu'il existe des tentatives (loi de simplification économique) d'exempter certains projets « d' intérêt majeur ». de toute obligation en ce domaine. Lien 

Quels que soient le sérieux et le professionnalisme de l'INRAP, ces fouilles préventives ne sont en aucun cas ni satisfaisantes, ni suffisantes !

2) Ce site d'Erdeven doit rester préservé et bénéficier de vraies fouilles archéologiques

Ces fouilles préventives de l'INRAP devraient indiquer le risque archéologique sur le terrain de passage possible des câbles. L'INRAP fera sérieusement son travail et nous attendons pleine communication de ses résultats. Mais nous sommes ici sur un site exceptionnel récemment classé Unesco et ce type de fouilles risque de n'être qu'un prétexte qui arrangera bien le promoteur éolien et donnera bonne conscience aux édiles locaux. Le mieux dans ce secteur serait de ne pas fouiller et préserver cet environnement encore quasiment vierge de toute construction ou alors, d'entamer un vrai travail de fouilles programmées répondant à des problématiques et interrogations précises, sur des surfaces pertinentes - pas limitées à l'emprise du tracé des câbles et réalisées avec des délais plus longs par les meilleurs spécialistes…

Le site mégalithique d'Erdeven le mérite et c'est bien ce qui est attendu du label Unesco ! Il y a comme une forme de profanation à cette irruption de l'industrie éolienne dans ce que Yves Coppens qualifiait d'espace sacré », de terre sacrée pour les Bretons et pour l'humanité. Lien 

Quel sens aurait un classement Unesco qui ne protègerait pas contre des atteintes empêchant ensuite toute exploration scientifique du site ? Que pensent les archéologues qui, faute de moyen, faute surtout d'intérêt de l'Etat ( il est quand même hallucinant qu'il ait fallu tant de temps pour obtenir le classement Unesco des mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan) n'ont jamais encore pu fouiller ces zones 

3) Le patrimoine matériel et immatériel de la Bretagne doit être respecté : RTE ne doit pas passer par là 

C'est en fait une forme de mépris qu'on pensait révolu vis-à-vis de ce passé mégalithique si unique et encore si mystérieux, qui resurgit ; c'est la banalisation d'atteintes à un patrimoine historique et culturel caractéristique de l'identité même de la Bretagne ; c'est une forme de profanation tranquille et assumée d'un lieu d'histoire, de culte et de mémoire sans équivalent - imagine-t-on des éoliennes visibles du château de Versailles et un raccordement à travers son parc ?

Yves Coppens : « Je suis né à Vannes, dans le Morbihan, et lorsque j'étais enfant, je me disais que cette terre était sûrement sacrée. La région située entre la rivière d'Étel, à l'ouest, et la partie est du golfe du Morbihan recèle la plus grande densité et diversité de menhirs, tumulus et dolmens de Bretagne. Sur 350 km2 , il y a 12.000 menhirs et trois gros tumulus, 200 dolmens à couloir et chambres sépulcrales, plus une centaine de tertres funéraires ! C'est une sorte d'immense nécropole qui s'est construite entre le cinquième millénaire et le deuxième millénaire avant J.-C.

Où aller ? Je vous emmènerais volontiers découvrir un bijou : le tumulus de Kercado, entouré d'un cercle de pierre, au cœur de la forêt de Carnac. Dessous, il y a un dolmen visitable avec des dalles gravées. Sur la route de Plouharnel, allons ensuite au dolmen de Crucuno, une tombe mégalithique énorme avec sa dalle de 40 tonnes reposant sur 9 dalles verticales ("orthostates") » (NB Crucuno est dans le domaine mégalithique d'Erdeven) lien

C'est simple, RTE ne doit passer par là ! lien 

PIEBîEM rappelle son opposition à cet atterrage et, plus généralement au projet de zone industrielle éolienne Bretagne sud qui cumule les inconvénients de l'éolien flottant (coûts extravagants, #250€/MWh, absence de maturité technique, agression de fonds marins exceptionnels par les ancrages et les câbles dynamiques) et ceux de l'éolien posé proche des côtes (maximisation des atteintes paysagères et patrimoniales, des atteintes à la vie marine littorale, des conflits d'usage avec la pêche artisanale côtière…

Ci-joint photographies prises par Eric Guillot ( Président fondateur de PIEBÎEM) le 02/10/20