Menhirs du Morbihan et éoliennes de Bretagne sud : pourquoi nous restons inquiets !
Le classement Unesco des mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan, que PIEBÎEM approuve sans réserves, a entraîné une prise de conscience sur cette question de la compatibilité de la préservation de ce patrimoine intimement lié à l'identité bretonne avec le projet de zone éolienne Bretagne sud. Nous avons été parmi les premiers à alerter sur ce sujet et nous restons inquiets. Sur les questions de covisibilité, la minimisation, voire l'indifférence de certains édiles locaux semble persister- pourtant, le précédent du Mont Saint-Michel devrait les interpeller. Sur la question de l'atterrage, les fouilles préventives enfin concédées par RTE s'avèrent particulièrement complexes et importantes, surtout à un moment où l'INRAP est fragilisé dans ses moyens et sa mission.
Classement Unesco des mégalithes : il va falloir en tirer les conséquences
PIEBÎEM a été parmi les premiers ( dès Avril 25) lien lien à attirer l'attention sur les problèmes de compatibilité entre la zone industrielle éolienne Bretagne sud et le classement Unesco des menhirs du Morbihan, pour des problèmes massifs de covisibilité avec des sites emblématiques et d'atterrage à Erdeven en plein site Unesco et nous avons fait l'un des thèmes principaux du rassemblement d'Erdeven que nous avons coorganisé avec AALLPA. Lien lien lien. Des associations de défense du Patrimoine Breton comme Koun Breizh et le Soulèvement des Pierres nous ont rejoint sur ce thème et sont décidées à agir, notamment en interpellant l'Unesco, nous les soutenons bien évidemment. Du niveau local, ce combat pour la préservation de sites dont Yves Coppens considérait qu'ils devaient être sacralisé est devenu national, avec notamment l'article joint du Figaro lien (qui nous cite mais ne nous rend pas totalement justice en ne reprenant qu'un part infime de notre argumentaire)
Pour autant, nous restons inquiets devant ce qu'il faut bien appeler une certaine minimisation voire une indifférence à cet enjeu patrimonial intimement lié à l'identité bretonne par les élus
Enjeux de covisibilité : je mesure très mal la vue sur les éoliennes ? Vraiment ?
Ainsi sur la covisibilité : interrogé en juin par le site Actu.fr,le maire de Carnac, Olivier Lepick, assurait pour sa part faire « confiance aux services de l'État ». « Du tumulus Saint-Michel, on voit très bien les infrastructures portuaires de Lorient, l'abbaye Sainte-Anne de Kergonan, etc., précisait-il. Je mesure très mal la vue sur les éoliennes. On sera quand même à 40 kilomètres. Les experts de l'Unesco sont au courant du projet. Cela n'a pas soulevé de problème. On a été très transparent »
Il est pourtant assez facile de se faire une idée de la pollution visuelle par les éoliennes de Bretagne Sud de sites emblématiques comme le tumulus Saint-Michel à Carnac et Petit Mont à Arzon à partir des documents officiels de la DGEC Parc éolien au large de la Bretagne Sud (AO5) État actuel de l'environnement Étude paysagère et patrimoniale, partie 1 et 2 . cf montages ci-joint
Sur la Côte sauvage, une quinzaine de sites archéologiques vont être aux premières loges, notamment les dolmens de Port-Blanc, les éperons néolithiques de Groh Colle et Beg en Aud, le grand menhir de Beg er Goh Lannec, le dolmen et le menhir de la Pointe de la Guérite. Même de Gavrinis, on n'échappera pas à la vue des éoliennes !
Donc on sait très bien ce que seront les enjeux de covisibilité !
Le précédent du Mont-Saint Michel ne s'appliquera pas ?
Quant à l'argument sur le vue terrestre sur Lorient , ce n'est pas la même chose d'avoir vue sur un littoral urbanisé depuis des siècles d'une part, et d'autre part sur une pleine mer dont l'horizon horizontal jusque là intouché depuis les débuts de l'humanité sur cette terre sera désormais barré par des éoliennes de plus de 300 m de haut, une zone industrielle gigantesque en pleine mer et en pleine vue de sites emblématiques classés.
L'Unesco a empêché la construction de trois éoliennes terrestres de 100 mètres à proximité (24 km) du Mont Saint-Michel afin d'assurer « la préservation du caractère remarquable du site ». Il serait peu compréhensible que ce précédent ne s'applique pas à la zone éolienne Bretagne sud !
Rappelons au surplus qu'il s'agit d'un projet sans intérêt climatique et dangereux pour la stabilité du système électrique et qui cumule les inconvénients de l'éolien flottant (coûts extravagants, #250€/MWh, absence de maturité technique, agression de fonds marins exceptionnels par les ancrages et les câbles dynamiques) et ceux de l'éolien posé proche des côtes (maximisation des atteintes patrimoniales et paysagères à un littoral exceptionnel, à la vie marine littorale et les conflits d'usage avec la pêche artisanale côtière, le nautisme, le tourisme.
Enjeux d'atterrage : les fouilles préventives auront lieu… mais dans quelles conditions ?
RTE marche visiblement sur une matière très inflammable et le sait, qui avoue dans son document Enjeux environnementaux du raccordement électrique : « Les impacts temporaires : les impacts sont limités et la pose des liaisons souterraines est sans effet notable vis-à-vis des monuments historiques ou sites (-sic ???) En revanche, le risque de découverte archéologique est possible. Le Service régional de l'archéologie est rencontré en amont du projet et peut prescrire une fouille archéologique préventive avant le lancement du chantier ».
Remarquons cette curieuse sémantique qui parle de risque de découvertes archéologiques- c'est peut-être de chance qu'il faudrait parler ! La bonne nouvelle : fouille préventive il y aura : « Un diagnostic archéologique préventif, ajoute RTE, sera réalisé par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) cet automne, pour s'assurer de la compatibilité des modes de travaux envisagés avec la préservation du site. »
Rappelons que le tracé passerait, à l'est de l'enceinte et du dolmen de Crucuno (Plouharnel) et de celui Mané Groh (Erdeven), dans une zone boisée et humide au fort potentiel archéologique, comprenant déjà les tumulus de Bovelann, reconnus et inscrits sur la liste Unesco.. Par ailleurs, le tracé passera par les dunes de Kerhillio, une zone également connue pour son intérêt scientifique, si l'on en croit les recherches passées et la quantité des collections du musée de Carnac en provenant. Enfin, même dans la partie maritime, les « risques « de découvertes archéologiques sont également très importants.
Le diagnostic archéologique devra donc être particulièrement soigné et s'annonce particulièrement difficile, ceci alors que les chercheurs de l'INRAP (Institut National de Recherches d' Archéologie Préventive) estiment que leur mission de protection du patrimoine est mise en danger par la diminution notable des moyens affectés lien . Pire encore, il existe des tentatives de limiter ses interventions, notamment dans les premières versions du projet de loi en discussion de simplification de la vie économique.
Donc, oui, nous sommes inquiets et PIEBÎEM et ses associations partenaires dans le domaine de la défense du patrimoine breton resteront particulièrement vigilant sur ce dossier, à ce que ces fouilles préventives soient faites selon les pratiques les meilleures et en prenant le temps qu'il faudra





